Un Voyage à Hevron (Août 1997) de Yona Dureau
Les travaux de réfection de la route ont commencé à Hévron, grâce aux fonds américains. Les ouvriers s'affairent depuis six mois sur la route qui mène à l'ancien hôpital et qui constitue le centre du quartier juif de Hévron. Six mois ? Six mois pour élargir la route, remodeler le sol, et goudronner ? Les routes sont-elles faites en matériaux hautement spécialisés ? Le sol est-il si dur à cet endroit ?
Il faudrait plutôt se tourner du côté des finances. Il faudrait peut-être envisager une interprétation plus politique aussi.
L'argent américain a séduit l'Autorité
Palestinienne à plus d'un égard. Dans le cas de la route de
Hévron, les ouvriers de l'autorité palestinienne sont très
affairés en effet. Ils élargissent la route sur son flanc
droit, puis transportent les gravas sur le flanc gauche. Ils s'attaquent
alors au flanc gauche, et portent tous les déblais sur la droite.
Le spectacle a fini par constituer un sujet de plaisanterie auprès
du quartier juif, pourtant mis en danger par une route qui n'est jamais
dégagée de ses gravas, où la poussière vole
et masque les arrivants. Quand on leur demande ce que sont ces travaux,
ils répondent : "Des travaux ? où ça ?"-"Et
bien là, sur cette route..."
- "Ah ça! je ne sais pas, ce ne sont pas des
travaux... enfin je ne sais pas, il paraît que ce sont des travaux
mais ça ressemble plutôt à du ménage. Un coup
à gauche, on transporte les saletés à droite. Un coup
à droite, on transporte les saletés à
gauche..."
-"Mais les Américains ne disent rien?"
- "Eh bien non, ils doivent avoir de l'argent à
dépenser. Et s'ils veulent le dépenser comme ça, c'est
leur problème."
"Adieu veaux, vaches, cochons, couvées"... La belle route
de Hévron promise par les accords d'Oslo s'évapore dans un
nuage de poussière alors que je pense à nouveau aux bienfaits
attendus d'infrastructures telles que conduites d'eau potable, d'égoûts,
et d'embellissement de la voie (dalles roses, fleurissement des abords),
bref à une route digne de ce nom...
Entre Hévron et Kyriat Arba serpente un chemin
goudronné où passe avec difficulté une seule voiture.
C'est "la route" dont Yasser Arafat réclamait le contrôle
pour l'Autorité Palestinienne. Seule voie de liaison entre le centre
juif de Hévron et Kyriat Arba, elle resta sous contrôle israëlien.
Enfin, à peu près. A mi-parcours, voici notre bus bloqué
par un énorme tas de pierres débordant sur les deux tiers
de la route. L'ouvrier conseille à notre chauffeur de contourner
l'obstacle, mais pour ce faire le talus devrait reculer de lui-même
à gauche du tas de pierres envahissant la route ou le bus s'envoler
dans les airs à droite du dit-tas dont de vagues bidons de carburants
remplis de gravas assurent fantômatiquement le soutènement.
Tendus sur leurs sièges les passagers du bus évaluent anxieusement
le fossé en contre-bas, appréhendant quelque traquenard. Le
chauffeur ne panique pas et descend vitupérer en arabe les ouvriers
qui prétendent ne pas comprendre l'hébreu. Le bulldozer évacue
avec lenteur et maladresse le tas de gravas et de pierres sur le bord opposé
de la route, le bus avance, frôle le précipice, et passe. Le
chauffeur alerte alors le centre des transports à Jérusalem,
interdisant la route aux suivants, et le voyage continue.
Travaux.... Paix.... tout ce qui est censé être
objet de construction semble bien
compromis.
Je repense aux "T.I.P." les observateurs suédois qui, aux
frais de l'ONU, restent immobiles face devant la Maharat Hamahpelah
pour "surveiller" la paix. Tiennent-ils aussi des rapports sur
ces événements ou préférent-ils ne pas fréquenter
les lieux problématiques de Hévron pour n'avoir rien à
en dire?
"Circulez, il n'y a rien à voir!"