LA LANGUE DE L ' HUMANITE

 
 
SABINE RAILLARD
 
FREUD, L' ANTISEMITISME ET LA LANGUE MERE
 
255P - Editions L'HARMATTAN - PARIS
Paradoxe inattendu : l'essai psychanalytique de Sabine Raillard touche au plus profond et rencontre des "limitations" peut-être dûes à un choix initial malencontreux - la référence sous-jacente à la pensée et à l'oeuvre de Françoise DOLTO.
Comment expliquer autrement l'étrange sensation que rencontre le lecteur ?Il devine que l'on débat ici des problèmes-clés de notre actuel "malaise dans la Civilisation",des contradictions ahurissantes d'une pensée qui affirme chercher le Bien et
défendre l'Innocence et provoque le Pire,le rejet de l'autre et le refus du monde...tout en constatant que
le "point de vue" est d'emblée basé sur un "psychologisme" de l'enfant et de l'adolescent qui a connu
son "heure de gloire" pour avoir répondu,certes,à une attente du public,mais qui apparaît désormais
comme une des formes de la "christianisation" de la Psychanalyse...
Docteur en Sciences de l'Education,Sabine Raillard part d'une étude attentive et forte du discours des jeunes "de banlieue" pour dénoncer
une société du "mensonge" et de la corruption - une société "délinquante" qui ne sait pas et ne veut pas
répondre aux pro-vocations d'une jeunesse en quête d'idéal et de respect.
Elle semble en déduire la nécessité de "théoriser"
la notion de "MENSONGE" appliquée à la Civilisation , qui passe - notamment avec Paul - du langage
"symbolique" de l'Hébreu au vocabulaire imagé et mythologique du Grec?
Mensonge renforcé par la présence d'une
"langue-mère" commune à toute l'humanité - et dont elle trouve des traces dans l'indo-européen.
Une langue trahie,comme "Babélisée" en multiples
déclinaisons - qui sont autant d'abandons de la "Mère Archaïque" - qu'elle oppose au Père de la Horde
"Primitive" dont l'image hante la pensée Freudienne.
Se référant à Dolto et à Levi-Strauss (notamment celui de "Race et Histoire") , elle appuie son raisonnement sur une double "approche" : une sorte de contestation de la pensée Freudienne et un cri d'alerte devant la détresse actuelle des "jeunes".
Dans les deux cas,elle retrouve la trace ...
de son postulat : l'abandon de la "langue-mère" barre la route au "désir du sacré" (sous-titre de son ouvrage)...
"L'interdit de l'inceste" (universel selon Levi-Strauss) ,la nécessité du "don",la "symbolisation" de l'Hébreu ont-ils "gardé pour l'Occident"....
"la force surdéterminante de la langue-mère de l'origine",imposant leur "mode talmudique" à une civilisation "païenne" analysée et dénoncée par Freud?
Sabine Raillard pose une question essentielle, dont les implications sont vertigineuses:elles souligneraient les causes de l'antisémitisme et des dérives de notre "Kultur".
Mais une "théorisation" linguistique du mystère "phylogénétique" et une étude fouillée de l'égarement de la jeunesse actuelle peuvent-elles - à elles
seules - fonder une thèse par ailleurs passionnante?
Dix-sept siècles de discours antisémite diffusé par les Eglises ont suffi à installer la haine du "juif" (fantasmé!) et à porter l'effroi de l'Occident païen devant les exigences de la vision Hébraïque : le désir du sacré -appelé par l'auteur - n'est-il pas déjà présent dans "l'Ancien" (!) Testament et dans les Ecrits Esséniens ,sources évidentes de la pensée religieuse attribuée au "rabbin" de Nazareth?
ALAIN S U I E D