L'ERE DU NEUTRE

 
A l'heure où les Trusts,les Banques et les Financiers se partagent le monde
et sa misère,une "idéologie" étrangement NEUTRE se met en place.Ni de droite,ni de gauche.Ni pour les pauvres,ni pour les riches.Ni pour la Bourgeoisie agonisante, ni pour les Multinationales du futur "pouvoir" mondial.Ni pour les uns,ni pour les autres.Ou du moins,tour à tour pour les uns et pour les autres:comme si les figures du discours comptaient plus que le "message"....
Le socialiste gentilhomme et le possédant réactionnaire se fondent et se confondent dans cet entrelacs de mots creux et de phrases aptes à dire tout et le contraire de tout.
On est "rationaliste" mais contre Descartes.On est "franchouillard" mais
"Hégelien".On est "européen" mais seul compte le "terroir".On est pro-arabe en politique mais jamais dans les "banlieues".On est "philosémite" mais anti-judaïque.On est contre la "religion" mais pour le Pape.On est pour le "progrès" mais au nom du passé.On est contre les "valeurs" mais au nom des mêmes "interêts".
Les habits neufs du "pouvoir" jouent sur les "couleurs" et les "reflets";ils
ne masquent ni ne couvrent plus rien:sous les apparences,il n'y a que d'autres apparences.
L'essentiel,c'est ce "masque",cette "fiction" suprêmes:la FONCTION.
On "occupe" la fonction - tout le reste est bavardage.
S'il faut fêter la "flexibilité",l'emploi "jetable",on trouve les mots "neutres"
et criards qui vont enrober la mauvaise farce faite aux "salariés" et aux "ouvriers".
S'il faut payer plus d'impôts,c'est pour "notre bien".
S'il faut admirer Boulez,c'est parce qu'il a les "subventions" et la presse
bien-pensante avec lui:le producteur d'idées doit aussi produire de la "norme".
S'il faut "donner des médailles" à l'un,c'est qu'il est "médiatique,"mais
s'il est médiatique,c'est qu'il est déjà DANS LE SYSTEME.
S'il faut rejeter l'autre,c'est parce qu'il "critique" et innove au lieu "d'adhérer"
au discours convenu - à la convention,même la plus arbitraire - mais décidée "entre soi".
L'idéologie molle s'adapte:le pouvoir Financier et les "exclus" sont ses "clients"
- mais le"petit commerce" des idées "sert" les premiers et "endort" les seconds...
 
L'ultra-violence de la "convention" ajoute le cynisme au préjugé.Rien ne change:
le "pouvoir" reste entre les "bonnes mains" - mais le DISCOURS du pouvoir minaude et plie selon le vent de la "mode" et du "prêt-à-penser".A la Civilisation de l'Industriel succède le vernis culturel changeant et aléatoire du Producteur de Concepts.

Du spectacle subventionné et à peine répété au verbiage institutionnel,du
moralisme sans foi à la confusion des valeurs,de la pseudo "autonomie" des individus au "malaise"
du groupe,de la fausse libération sexuelle au prix d'une pseudo libération du langage sexuel,du "management" roublard à l'injustice sociale sans fard,le DISCOURS NEUTRE justifie tout et ne condamne rien - tant que sa propre domination n'est pas menacée...

La société du prochain millénaire vantera la vie "primitive" après l'avoir
éradiquée,soutiendra les "expressions" des banlieues mais ne les amènera pas vers le savoir et l'information,discutera les décisions des multinationales pour mieux les "valider"...
Mais le pire,c'est déjà cette logorrhée post-soixanthuitarde qui noie le poisson
de l'Injustice,du Racisme,du Profit à tout prix sous les flots de son approbation bienheureuse...
Le Capital "récupère" le "Savoir" et ses effets de langage (de mode) pour
son seul profit.Le Capital -"Phallus" n'a même plus besoin de nos "chaînes"...68 a renversé 89...
La publicité et la carte à puce ont remplacé définitivement le sabre et le
goupillon.Pour quelle future Barbarie Climatisée?
 
 
ALAIN SUIED