Réponse de Micheline Weistein à la dernière analyse de Yona Dureau à son article
L'éthnocentrisme et l'échec des processus de paix
 
Yona,

L'idée de votre texte, qui soulève des questions importantes, est excellente mais la développer nécessiterait tout un mémoire extrêmement documenté, avec références précises à l'appui. Vous réagissez, me semble-t-il, aux événements et décisions comme nous, non spécialistes de la politique internationale, sommes nombreux à avoir tendance à le faire en de telles circonstances, par l'émotion, l'affect, la désolation, devant le gâchis que l'histoire des relations humaines n'est pas encore parvenue à endiguer.

J'ai, comme vous, comme nombre d'entre nous, des amis arabes, des vrais. Mais ceci est une autre histoire, qui n'est pas de "peuples", non plus que de guerres de religions. Elle est individuelle, elle est de rencontres... à notre modeste niveau... un/e par un/e espérant qu'un jour viendra l'an prochain à la Jérusalem symbolique de chacun/e de nous, à celle de toute la terre et de tous les temps.
La liaison entre la première et la seconde partie de votre texte n'est pas évidente, et je crains que dans sa forme actuelle, il ne menace de vous être retourné comme un boomerang.

Simplement, quelques remarques :

- Je ne suis pas sûre que le mot "tares", concernant l'entité "famille", soit pertinent, on risque toujours, avec de tels vocables, de frôler le concept d'eugénisme. Les liens, dans les familles, ne me semblent pas plus distendus aujourd'hui qu'autrefois, simplement la haine est plus apparente, moins masquée par des rituels, lesquels dépendent de religions ou de "codes" de conduite, qui évoluent ou régressent selon les périodes de l'histoire Bref moins hypocrite.

- Que le monde oriental soit de tradition orale, que voulez-vous que nous y fassions ? Nous n'allons pas rétrograder, au plan du langage et des murs, disons, de la "civilisation", pour adopter, au plan du langage et des murs, une culture uniquement orale, ce qui irait dans le sens contraire de son simple progrès. Et ce monde oriental ne comprend-il ni écrivains, ni poètes, ni savants, ni compositeurs, dont les uvres ressortissent à l'écriture ?

- Il faut se méfier de la notion de "peuple", il me semble que ce sont justement les globalisations qui peuvent mener à l'ethnocentrisme. Les Juifs, c'est un par un qu'on est venu les chercher pour les exterminer au nom du "peuple" qu'ils étaient censés être. Sans explicitation précise de ce concept, du "peuple" à la "race" il n'y a qu'un petit pas...

- Pourquoi "les" Palestiniens ne parlent-ils pas en tant que peuple, sauf à employer le mot "peuple"?
Pourquoi ne créent-"ils" pas un site analogue à plusieurs sites juifs "pour la paix" entre Arabes et Israéliens, entre Juifs et Musulmans ? Leur devrions nous quelque chose sans aucune espèce de parité ? Ne pas parler, au moins, c'est être sûr de n'avoir pas tort. Les principales déclarations que l'on entend sont des slogans de fanatisés, comme s'ils venaient de n'importe quelle secte. Par contre "ils" terrorisent, tuent. Les mères laissent partir leurs enfants en première ligne, parfois même elles les y poussent. Le Hamas, ce pleutre, se planquait dans un immeuble civil, n'imaginant sans doute pas qu'il ne serait pas bombardé, du coup des enfants et des civils ont été tués. Que font les pères, en seconde ligne, derrière leurs gosses ? Et "ils" mentent, à propos des armes qu'ils ne détiendraient pas.

- Je ne pense pas que ce soit à nous de décrire la culture palestinienne, les Palestiniens ne vous en seront aucunement reconnaissants, au contraire. Personne n'a le droit de parler de qui que ce soit sans son consentement, "peuple" ou personne isolée. À eux de nous dire qui ils sont s'ils le souhaitent, tout autre attitude est comparable à celle des ethnologues, nous faisons alors de l'ethnocentrisme, nous parlons de ce que nous ne connaissons pas, comme si nous étions auto-investis du pouvoir de le faire.

- La meilleure chose qui puisse arriver pour désamorcer la poudrière, me semble-t-il, c'est "chacun chez soi", puisque l'entente est impossible - sinon depuis le temps ça se saurait -, il ne faut pas craindre de le dire. Et la responsabilité du refus de se parler n'incombe pas aux Israéliens, c'est irréfutable. "Les" Palestiniens n'émettent pas même le moindre petit message de paix, au moins vers ceux qui ne se reconnaissent pas comme appartenant à un "peuple" ? Qu'est-ce qu'ils attendent sans rien donner ?

- L'expression "paix partielle" est effectivement impropre mais il n'est pas besoin de culture écrite pour signer une "trêve".

- Pourquoi employez-vous la qualification de "technocrates" comme si elle était une injure ?

Comme il en est au sein de bien des couples - ma génération a connu cela après la guerre d'Algérie, où de nombreux couples mixtes arabes/juives principalement s'étaient formés et qui ont explosé -, vous témoignez du désir de faire coïncider des antipathies devenues irréparables, et ce n'est certes pas de la faute ni du fait des Juifs, qui se font traiter de nazis, et pas seulement par les Palestiniens, loin s'en faut.
La paix n'est possible, ici comme ailleurs, que par un cheminement et une prise de conscience, individuels, du côté palestinien comme du côté israélien, mais encore faut-il le souhaiter.
Et, à propos de "mérite", je ne sais pas si du territoire ça se mérite, mais l'amitié, oui, cela j'en suis sûre.
À bientôt et bien cordialement.
M. W.