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A la naissance
de Shai il avait informé ses parents, mais le silence dans lequel
ils s'étaient emmurés n'avait 'été brisé'
que par un mot ému mais terrifié de sa mère qui avait
osé dire 'à son fils combien la naissance de ce "cadeau
" (signification du mot shaï en hébreu ) l'avait bouleversée,
et Elie avait découvert, les larmes aux yeux, un billet de 20 dollars,
minutieusement plié et qui marquait combien cette femme avait eu
de courage pour écrire à son fils et d'extraire du budget
familial cet humble présent.
Car,il s'agissait là, bien plus qu'un cadeau. Elie l'avait bien compris,
qui avait précieusement, et jusqu!à ce jour, gardé
ce petit billet, humble offrande d'une mère hors de tout reniement.
Malheureusement, aujourd'hui, elle ne verrait pas Shaï, puisque timidement,
elle s'était éteinte, il y a tout juste un an. Et c'est pour
la "haskara " de sa mère qu'Elie aujourd'hui rentrait.
Le père n'avait pas même donné au cousin-espion l'accord
pour pratiquer la brith-milah de l'enfant qui avait donc été
circoncis chez les libéraux. Mais la mort de sa femme avait peut-être
attendri le vieux rabbin, à moins qu'une vision divine ne l'ait ramené
à de meilleurs sentiments ou qu'il eût découvert dans
quelque verset de la Torah une bonne raison de renouer des liens que peut-être
seul D-ieu est autorisé à trancher. Ainsi,, un jour le cousin-espion,
qui avait suivi la trace d'EIie malgré leurs nombreux déménagements
avait apporté une lettre du père.
Quand Lydie avait vu ce corbeau noir à la porte
une inquiétante odeur de malheur l'avait saisie. Il était
passé devant elle, sans un mot, avait pénétré
dans le salon, sûr d'y trouver Elie.
Plus tard, elle en avait conclu, qu'il était resté planté
sur le trottoir d'en face à guetter son retour. Sans un mot, il avait
tendu une enveloppe et était resté debout, les bras ballants,
le regard fixé sur ses chaussures poussiéreuses tandis qu'Elie
lisait la missive.
L'atmosphère devenait irrespirable.
Après un long moment, Elie leva les yeux et parut surpris de le trouver
encore là. Son regard se fit interrogateur. "J'attends une réponse
marmonna-t-il.
"Je dois en discuter avec ma femme,reviens dans quelques jours."
A ces mots l'envoyé fit demi-tour et disparut avec une moue de mépris
qui défigurait son visage osseux.
Shai terrorisé se blottit dans les bras de sa mère. Un souffle
glacial s'était abattu sur la maison. Elie, songeur, s'assit sur
le canapé, il semblait à Lydie qu'un oiseau de malheur avait
déployé ses ailes sur eux.
Il tendit la lettre à sa femme tandis que des larmes silencieuses
roulaient sur ses joues. Le père écrivait que sa mère
était morte depuis maintenant neuf mois, qu'elle n'avait jamais cessé
d'aimer son fils. Qu'il avait appris que l'épouse de celui-ci semblait
se conduire comme une bonne juive et qu'il voudrait que son fils et le fils
de son fils soient présents pour le "Yom ha zikaron, "
de sa mère. Elie ne disait mot, mais le chagrin l'accablait. Lydie
bouillait de révolte et de colère, comment pouvait-on faire
preuve de tant de cruauté, et apprendre à un fils, aussi sèchement,
la mort de sa mère ?
Les sanglots secouaient encore les épaules d'Elie;
Shaï, effaré,,
se mit à hurler si peu habitué à une telle ambiance.
De ce jour l'angoisse s'installa dans la maison. Lydie
sentait la présence inquiétante de ce barbu au regard perçant
dont elle avait plusieurs fois vu le portrait dans des revues spécialisées.
Au-delà de la clair-voyance des yeux elle sentait une dureté
inquiétante. Elie voulait bien aller à New-York, cela se comprenait,
mais, après un échange de lettres, le vieil homme commença
un travail de sape. Il se faisait de plus en plus pressant, charmeur presque
implorant ; il souhaitait que tous les trois viennent vivre auprès
de lui. qu'il y avait maintenant presque quatre ans et il était temps
pour lui de recevoir une éducation juive. Sa parole fut persuasive
et aboutit à "ce maintenant dans l'avion." Ils avaient
tout vendu et s'étaient embarqués avec un aller sans retour
vers la tanière du vieux renard. Lydie contempla le coeur serré
son mari et son fils. Que D-ieu ne les sépare pas !
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