 |
 |
- Shaï était
maintenant tranquille sur son lit, sa mère avait eu
- beaucoup de mal à le calmer. Il ne voulait plus
revoir son grand-père, ni ses
- oncles, ni personne de la yéshiva, et en sanglotant
jurait qu'il préférait se
- jeter par la fenêtre plutôt que de vivre
là-bas. Il raconta alors toutes les
- souffrances, les humiliations, les punitions endurées
et dont il n'avait jamais
- voulu parler pour éviter que sa mère ne
se dispute avec son père. Retournée,
- Lydie lui jura qu'elle allait trouver la solution. Depuis
l'enfant confiant et
- détendu se reposait.Lydie réfléchissait
à ce qu'il fallait faire lorsqu'un fracas
- assourdissant les fît bondir à la fenêtre.
Ce qu'elle vit la laissa sans voix.
- Dans le jardin, ivre de rage, le Vieux armé dune
bêche saccageait les
- plantations de l'enfant.Ellebondit, dévala l'escalier
et se précipita vers lui,
- saisit le bas de sa redingote, tira et s'arc-bouta de
toutes ses forces en lui
- hurlant d'arrêter, mais rien n'y faisait. Il semblait
possédé d!une soif de
- destruction qui l'aveuglait. A bout de forçes,
Lydie lâcha le pan noir et dut
- reculer précipitamment pour ne pas être
blessée par la bêche qui virevoltait
- dans tous les sens. Enfin épuisé il s'arrêta
et hurla " Shaï, viens ici ! "."Non
vous ne le verrez plus jamais sortez de chez moi." Mais le vieux Rav
- l' écarta de son chemin, passa devant elle et
pénétra dans le couloir. Lydie
- prit peur croyant quIl allait frapper l'enfant et se
précipita à sa suite. Un
- hurlement lui glaça le sang et elle s'engouffra
derrière son beau-père. Il
- hésitait sur la première marche de l'escalier,
immobile,, la bouche ouverte.
- Lydie le bouscula il ne la remarqua même pas. Les
yeux exorbités, figé,
- le bras tendu, il désignait une ombre en haut
de l'escalier. Elle étouffa un cri,
- Shaii le regard décidé fixait son grand-père,
un rasoir à la main La moitié du
- crâne rasé, il paraissait immense. Ses papillotes
avaient disparu, le sang
- coulait par endroit, mais l'enfant ne s'en souciait guère,
immobile, les yeux
- rivés à ceux de son grand-père.
Revenu de sa surprise celui-ci commença à
- monter l'escalier mais l'enfant sans le quitter des yeux,
pointa le rasoir ouvert
- vers lui et hurla : "Ne dapproche plus jamais, puisque
je suis un goy à tes
- yeux je risque de te salir." Lydia hurla, bouscula
le vieillard et bondit à côté
- de son fils, qu'elle serra contre elle. C'est elle maintenant
qui menaçait avec
- le rasoir. "foutez le camp ou je vous tranche la
gorge," Pâle et titubant il tourna les talons et claqua la porte.
-
- Shaï s'effondra, en pleurant dans les bras de sa
mère qui le porta en l'embrassant sur son lit. Elle nettoya tendrement
les coupures de son fils, et, quand enfin lavé de son sang, il s'assit
elle ne put retenir un fou rire. Elle tira vers la glace et lui aussi éclata
de rire quand il vit sa tête qui rememblait à une pelouse
couverte de huit. Doucement, elle finit de le raser, car il n'y avait plus
d'autre solution. Puis silencieusement, ils s'assirent côte à
côte. Lydie reffléchissait, mais rangoisse ravait quittée.
Elle sortit l'enveloppe de son corsage, récupéra son passeport.
Machinalement, elle jeta un regard à la pendule. Il était
3 heures, Elie nétait pas prêt de rentrer car en cette veille
de "Shavouof" les hommes restaient la nuit à la synagogue
pour étudier. Elle se leva, prit une valise, y jeta pêle-mêle
des affaires de Shaï. Elle, n'avait rien à emporter, elle allait
quitter pour toujours ces vêtements d'un autre âge. Puis, elle
se ravisa. Si une voisine la voyait partir avec une valise, l'alerte serait
aussitôt donnée. Elle prit juste un sac où elle entassa
les affaires de l'enfant, son ours, quelques photos et souvenirs d'avant
qui tenaient dans une boite à
- chaussures et dans un sac de plastique elle mit son vieux
jeans d'autrefois
- caché au fond de l'armoire depuis 4 ans, cela
lui permettrait de se changer à
- l' aéroport. Puis, sans un regard pour cette maison
ni un regret pour la vie
- qu'elle abandonnait, elle partit tenant son fils par
la main. Elle lui avait mis
- une casquette pour ne pas attirer l'attention sur eux.
Une fois sorti du
- quartier hassidique elle eut l'impression d'être
dans un autre monde. Elle
- entra dans un magasin et troqua les sinistres vêtements
contre un blouson
- aux couleurs éclatantes. Ainsi vêtu de son
jeans et de son blouson Shaï
- semblait transformé et ressemblait malgré
sa pâleur à n'importe quel enfant
- américain. Après cela ils prirent un taxi,
et blottis l'un contre l'autre ils virent
- défiler sous leurs yeux un New-York inconnu. Le
premier avion pour Paris
- partait 2 heures plus tard. Il était 21 heures
lorsque Lydie et Shaï, en cette
- nuit de Shavouot s'envolèrent vers la vie et la
liberté.
Fin de la première partie
précédente
suivante. |