Aprés leur départ Lydie se sentit à nouveau écrasée par l'ampleurde l'événement. Elle savait que le statu quo était rompu, mais elle n'arrivait
pas à trouver une solution. Tout à coup une terrible angoisse la fit blêmir.
Elle se précipita dans sa chambre, sortit du fond de l'armoire un sac emballé
dans une feutrine. Quand elle le vit une bouffée d'émotion la submergea,
C'était le dernier cadeau d'Elie, avant de quitter Paris. Les larmes lui
brouillaient le regard. Tout à coup elle se sentit faible, sans force et dut
s'asseoir sur le lit. Le moment d'émotion passé, elle se reprit, oui, elle avait
aimé son mari plus que tout, mais aujourd'hui l'homme pour qui elle avaittout abandonné n'existait plus, elle devait garder toute son énergie pour le seul être qui comptait à ses yeux et qui devait être arraché aux ténèbres du fanatisme. Fébrilement elle ouvrit son sac, ses mains s'agitaient nerveusement elle respira mieux en sentant le cuir du passeport sous ses doigts. Un instant elle avait craint que son mari lui eut subtilisé. Elle sourit en voyant le visage poupon de Shaï encore bébé. Heureuse initiative que d'avoir inscrit l'enfant sur les deux passeports ! Songeuse, elle réalisa qu'elle ne connaissait personne à New-York, pas la moindre amie à qui se confier, personne qui puisse l'aider. Machinalement elle vidait son sac, chaque papier, chaque photo lui. rappelait un passé heureux. Elle sortit une enveloppe scotchée, surprise elle la retourna, l'ouvrit et ne put retenir un cri. Une liasse de billets de 500 francs lui échappa, tout à coup elle se souvint. La veille de leur départ, ensemble, tendrement ils avaient fait leurs comptes et mis dans une enveloppe une somme importante, au cas où ils ne se plairaient pas ici, ils pourraient alors rentrer en France sans rien demander à son beau-père et redémarrer sans trop d'angoisses. Comment auraient ils pu imaginer alors que le vieux viendrait à bout de leur amour !
Elle ramassa l'argent et sentit le courage lui revenir. Soudain la porte claqua, précipitamment elle se leva, glissa le sac sous le lit et enfouit l'argent dans son corsage. Malgré elle, elle sourit, caché là, il ne risquait rien, elle était impure en ce moment et son mari ne se risquerait même pas à l'effleurer Les " dinim" avaient parfois du bon. Elle sortit de la chambre et vit Shaï monter précipitamment suivi de son père blanc de rage. L'enfant passa devant sa mère sans un mot, mais elle surprit un sourire qui illuminait son visage et ses yeux étaient brillants de malice. Elie essoufflé s'arrêta devant elle. La colère lui coupait le souffle. Il bégayait et postillonnait avec force. Il r.etrouva enfin enfin. son. calme et expliqua : Shai s'était bien excusé devant son grand-père, mais lorsque celui-ci lui ordonna d'arrêter de "torturer " les arbres l'enfant se dressa face à lui et lui répondit "je n'arrêterai que lorsque vous cesserez de m'empêcher de vivre ! Vous faîtes avec moi, pire que ce
que je fais avec mes arbres. Laissez-moi vivre comme les autres enfants et je
ne transformerai plus les arbres ! "Le Vieux était rentré dans une colère
biblique qui avait ùnpressionné tous les hommes présents. Seul Shaï
semblait insensible à la tempête qu'il avait déclenchée : "si vous aviez raison,
vous n'auriez pas besoin de hurler." Le vieil homme se calma soudain, il fixa
l'enfant et se tournant vers Elie il déclara : " ,Emène ce ce fils de goy, et garde-
le à la maison jusqu'à la fin de Shavouot, après j'aviserai." Lydie bondit à ces
mots : 'J'espère que tu lui as répondu ". Elie la regarda froidement et dit:
"Qui sait, mon père a peut-être raison, cet enfant est un goy." S'il restait une
once d'amour et d'estime dans le coeur de Lydie, elle disparut à ce moment-
là. Elle fixa son mari dans les yeux, froidement, puis elle lui tourna le dos et
rentra dans la chambre de son fils.


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