|
- Esotérisme,
hébraïsme, et fonction de l'identité hébraïque
dans l'Angleterre de la Renaissance
- Yona Dureau (Université
Jean Monnet)
II partie
-
-
-
-

-
- Médaille frappée
par Henry VIII en 1545 à L'occasion du dizième
anniversaire de sa prise de position à la tête de
l'Eglise. La souveraineté du roi sur l'Eglise est énoncée
en grec, en latin et en hébreu.
Hébreu
exotérique et identité : l'Angleterre verus Israel
La fondation de l'Eglise
d'Angleterre et de son identité sur le retour au texte
original hébraïque
L'enseignement de
l'hébreu dans les écoles et les universités
L'éducation
noble
Les écoles
L'espoir d'une "langue
et religion commune" pour lier catholiques et protestants
L'hébreu,
l'hébraïsme, et la cabbale chrétienne comme
émergence d'une troisième force
L'affaire de l'hostie
et le problème de la transsubstantation : une prise de
position protestante
Une atmosphère
propice à l'attente des catholiques et des puritains
Les fervents lecteurs
de Reuchlin et de Pic de la Mirandole
Le cas des traducteurs
de Kabbalah et de Cabbale en Angleterre.
L'étude de
la kabbalah et de la cabbale chrétienne
L'écriture
ésotérique et l'hébraïsme : modèle
identitaire ou protection vitale?
Correspondance ésotérique
et étude cabbalistique : l'ésotérisme camouflage
identitaire
Etude et tétragrame:
l'ésotérisme hébraïque et son identité
intrinsèque
Conclusion
ANNEXE
- Il peut sembler paradoxal
d'évoquer la question de l'ésotérisme et
de sa liaison avec l'hébraïsme - en tant que culture,
mais aussi en tant qu'identité associée à
l'étude de textes hébraïques- lorsque l'on
contemple des images aussi étonnantes que cette médaille
frappée en 1545 par Henry VIII, où la souveraineté
du roi sur l'Eglise est gravée en grec, en latin, mais
aussi en hébreu . L'hébreu et l'identité
juive sont en effet empruntés par la couronne britannique
comme par beaucoup de monarchies de la Renaissance pour fonder
la légitimité d'une dynastie et d'une foi. Mais
dès lors qu'ils sont utilisés par l'un des discours
officiels pour servir le pouvoir, l'hébreu et l'identité
juive n'en deviennent que davantage porteurs d'un enjeu politique
et religieux. A côté de l'enseignement d'un hébreu
officiel, et d'un hébraïsme de bon ton se développe
un enseignement hébraïque qui échappe au contrôle
du pouvoir, et qui, d'une certaine façon, menace ses fondements,
par des intérêts différents, sinon divergents.
L'intérêt pour l'hébreu dans l'Angleterre
de la Renaissance n'émane pas seulement du pouvoir. L'hébreu,
l'hébraïsme, la culture et l'identité juive,
fascinent un grand nombre d'intellectuels, catholiques comme
protestants, bien avant que le pouvoir royal, Henry VIII, puis
Elisabeth, ne voient en ces éléments un fondement
d'une nouvelle religion, et d'une nouvelle identité. Il
nous est apparu important, après l'étude de textes
ésotériques et exotériques rédigés
parfois par les mêmes auteurs, de tenter d'émettre
ici quelques hypothèses de lecture de ces formes différentes.
Les questions de l'identité juive usurpée, puis
de l'identité hébraïque dissimulée
d'un texte, ou d'une référence, sont de fait au
coeur de ce débat, et chacune des parties de cette étude
s'interrogera sur ces thèmes.
- Le caractère ésotérique
de textes hébreux ou hébraïques prend ainsi
une triple dimension. La cause peut en être religieuse,
mais aussi politique, avant d'être identitaire et épistémologique.
Notre étude commencera par un historique bref de la question
de l'usurpation identitaire du verus israël anglais, avant
de voir comment la cabbale chrétienne a pu être
vue avec méfiance par le pouvoir, puis de considérer
l'écriture ésotérique comme l'expression
épistémologique hébraïque par excellence.
-
- I.
Hébreu exotérique et identité : l'Angleterre
verus Israel
- L'étude de l'hébreu
en Angleterre n'est pas née à la Renaissance. Il
faut rappeller que les ordres missionnaires, et en particulier
les Dominicains, avaient toujours prôné l'étude
de l'hébreu, mais dans le but explicite de la conversion
des Juifs. Le premier grand enseignant de l'hébreu en
Angleterre fut Robert Grossetête (1175-1253), qui devint
plus tard évêque de Lincoln, et l'un de ses plus
éminents élèves fut Roger Bacon (c.1210-1290),
qu'il enseigna à Oxford . L'un des élèves
de Bacon fut Nicholas de Lyra (c. 1270-1340), dont les commentaires
montrent une parfaite connaissance des commentateurs juifs, dont
Rashi . L'influence des études d'hébreu à
Oxford eut un impact sur les couvents franciscains de Cambridge.
Henry de Costesy fut nommé lecteur à l'Université
vers 1326 pour l'hébreu et le grec. Il faut enfin nommer
parmi ces érudits franciscains Richard Brinkeley, qui
résida à Cambridge de 1480 à 1518. Retenons
de ce chapitre historique que les Dominicains, premiers hébraïsants
en Angleterre, sont porteurs du paradoxe de la relation du pouvoir
royal anglais à l'hébreu, soit une utilisation
méfiante et contrôlée de cette langue. Les
Dominicains prônent en effet l'étude de l'hébreu...
mais pour convertir les Juifs. En Europe, cet ordre conseille
l'étude du texte hébraïque, mais la destruction
du Talmud. Rappelons que sous les pontificats de Grégoire
IX et Innocent IV, ils ont été à l'origine
des auto-da-Fé de Talmud à Paris.
-
- L'utilisation de l'hébreu
par le pouvoir royal s'inscrit donc dans une tradition, mais
en apportant le changement du sens de l'étude de cette
langue. Il ne s'agit plus d'étudier l'hébreu pour
convertir, mais pour fonder le pouvoir.
- Le changement majeur dans
les relations de cette langue au pouvoir est établi par
l'Acte de scission d'Henry VIII d'avec l'Eglise catholique. Cet
acte, en plaçant le roi à la tête de l'Eglise
anglaise, va mêler indissociablement tout acte religieux
à la politique. Revenons un instant sur cette médaille
frappée en l'honneur d'Henry VIII, "roi d'Angleterre
et d'Espagne". L'avant dernière et la dernière
ligne énoncent : "mitahat hamashiah rosh elion"
: sous le messie tête suprême. L'énonciation
en hébreu est, certes, la traduction du grec "ipo
christo", mais simultanément, et chaque langue reflètant
une idéologie différente, elle prend le sens hébraïque
du terme massiah, et confère une dimension messianique,
futuriste, au roi Henry. De plus, l'hébreu vient conférer
une dimension sacrée à l'énoncé,
puisqu'il évoque le texte biblique, original. L'acte de
suprématie d'Henry VIII se cherche une légitimité
avec ce retour aux origines, et l'utilisation de l'hébreu
sur une médaille commémorant cet acte n'est pas
un hasard. Simultanément, cette médaille résume
l'ambigüité de l'utilisation de l'hébreu et
montre qu'elle ne peut être réduite à un
emprunt. Le sens des mots hébreux est encadré par
les termes grecs sur le verso et latins sur la face de cette
médaille. Il y a là la métaphore de l'utilisation
de cette langue, et de la reprise de l'identité hébraïque
par le pouvoir royal. L'hébreu est une langue de référence,
si elle sert le sens latin du texte/de la religion/du pouvoir.
-
-
- 1.
La fondation de l'Eglise d'Angleterre et de son identité
sur le retour au texte original hébraïque
- La fondation de l'Eglise
d'Angleterre s'énonce dans un mouvement général
de retour aux sources. Tout d'abord, il faut garder en mémoire
que la défense du roi Henry VIII auprès des autorités
ecclésiastiques avait été menée par
Wakefield, un éminent hébraïste de Cambridge,
sur la base des sources rabbiniques de commentaires bibliques
. La dispute du roi l'avait donc entraîné de prime
abord sur le terrain de l'érudition biblique et des sources
hébraïques, et la question de sa légitimité,
de celle de son divorce et de son remariage se confondait ainsi
avec la question des textes originaux et de la primauté
du texte hébraïque. Rappelons aussi le motto fameux
"ad fontes" repris à la fois par les catholiques
et les protestants de la Renaissance. Rappelons l'injure de "prostitute
of Babylon" qui résonne dans toute la Renaissance
anglaise. Ce faisant, les humanistes insistent sur l'importance
du travail de traduction, sur la nécessité d'un
retour aux textes originaux, et se renvoient réciproquement
l'injure de mauvais traducteurs d'hébreu . Après
l'Acte de Suprématie, Henry VIII se voit porté
naturellement au même mouvement que ces humanistes de tous
bords, et l'Eglise d'Angleterre s'énonce elle aussi comme
un retour au texte. C'est sans doute ce qui justifie la présence
d'un Talmud parmi les biens personnels du souverain. Bien qu'il
n'y ait pas de preuve, actuellement, que ce talmud ait effectivement
servi à l'enseignement de ses filles par un rabbin, il
reste des traces d'une éducation hébraïque
de Mary Stuart, dont le psaultier porte en marge des commentaires
en hébreu de sa main, et on sait par la gouvernante Baltheva
Makvi que la reine Elisabeth parlait parfaitement l'hébreu.
- Sous Elisabeth, l'édification
du pouvoir à partir de l'hébreu s'accentue, au
même rythme que se durcit l'opposition papale. La bulle
d'excommunication du pape en date du 25 Février 1570,
Regnans in Excelsis, ne laisse aucune place au doute ni au compromis.
La reine est excommuniée, c'est-à-dire déclarée
hérétique, et mise au ban de la communauté
de l'Eglise. La traduction de la Bible se fait sous le contrôle
royal, et on notera que Parker remet la traduction à William
Cecil pour la remettre à la reine Elisabeth avec la liste
des traducteurs, ce qui peut être interprété
comme une marque d'honneur ou bien comme une volonté de
contrôle de cette traduction par le pouvoir.
-
- Cet intérêt
pour l'hébreu, mais aussi pour les sources juives dans
la famille royale crée, sans doute possible, un mouvement
en chaîne chez les intellectuels de la période élisabéthaine.
On en voit des traces dans la dédicace de la traduction
biblique latine de Tremelius à la reine Elisabeth. Cette
traduction avait la particularité de se fonder sur de
très nombreux commentateurs rabbiniques pour résoudre
les problèmes de sens. Tremelius, double converti du judaïsme
au catholicisme, puis au protestantisme, effectue dans sa vie
individuelle un mouvement de retour au texte original, par les
traductions, mais aussi aux sources, qui le met en péril
auprès des autorités catholiques (de la reine Mary).
Cette référence aux sources reste source de polémiques
même auprès des autorités protestantes: la
dédicace à Elisabeth est sans doute plus qu'un
hommage, et elle remplit certainement la fonction d'une demande
de protection comme c'était souvent le cas à cette
époque. Il faut insister sur l'oeuvre de Tremelius et
sur cette traduction en particulier, car elle montre que le mouvement
de retour au texte hébraïque, qui trouve sa consécration
avec la traduction de James en 1611, commence très tôt,
et exprime le besoin du pouvoir royal de consolider une légitimité
après l'acte de scission religieuse, puis, avec l'accession
au trône d'Elisabeth, et l'édification de l'Eglise
anglicane.
- Si les traducteurs encouragés
dans cette voie collaborent avec le pouvoir dans cet acte de
légitimation par l'hébreu et les sources hébraïques,
on constate que le pouvoir élisabéthain fut particulièrement
actif dans l'édification de la connaissance de l'hébreu.
-
- 2.
L'enseignement de l'hébreu dans les écoles et les
universités
- Les universités
- Après la scission
d'Henry VIII d'avec l'Eglise catholique romaine, le roi s'empressa
de mettre en place des édits visant à contrôler
les universités. Ces édits interdisaient d'une
part "toute cérémonie, constitution ou coûtume
qui empêchait qu'un enseignement correct ait lieu",
("all ceremonies, constitutions and observances that hindered
polite learning" ), mais, de plus, instituait deux "conférences"/cours
par jour ("lectures"), l'une en latin, l'autre en grec.
A Cambridge, Thomas Leigh institua pour sa part une conférence
publique soit en hébreu, soit en grec, aux comptes de
l'université, et la remise des comptes au pouvoir royal.
Thomas Cromwell accorda de ne pas lever de taxe sur Cambridge
et Oxford, à condition que soit établie une conférence
gratuite et publique au nom du roi Henry VIII qui soit dans l'une
des trois langues, latin, grec ou hébreu . En 1540, la
charge financière de ces postes passent sur le budget
de la cathédrale de Wesminster et le nombre de conférences/cours
tenues par les universités passe à cinq, incluant
la théologie (divinity), la loi (civil law), la mèdecine,
le grec et l'hébreu. Westminster devait alors payer 400£
par an pour payer ces enseignements. Cette phase dura jusqu'en
1546 lorsque Trinity College fut fondée à Cambridge
et Christ Church à Oxford. Les professeurs de théologie,
grec et hébreu devaient être à la charge
des nouvelles fondations, et les autres à la charge de
l'état. Ces mesures marquèrent le triomphe de l'humanisme,
tout en scellant la main-mise royale sur l'enseignement de l'hébreu
dans les Universités, alors que la garantie du salaire
par le pouvoir royal et les universités assura un essort
sans précédent à tous les enseignements.
Le lecteur royal de Cambridge est en hébreu, celui d'Oxford
en théologie (divinity), et il semblerait que le lecteur
de 1536 de Cambridge n'ait été autre que le frère
cadet de Robert Wakefield, (Thomas), dont on a vu l'importance
dans la dispute royale avec la papauté et le recours aux
textes hébraïques.
- La fondation des Trinity
College par Elisabeth contribue à l'essor de l'hébreu,
et la reine elle-même devait à la fois connaître
cette langue et lui accorder une certaine importance, puisque
sa visite à Oxford en 1566, elle se voit accueillie par
Thomas Neale qui lui lit un discours de quinze lignes en cette
langue, suivi d'un poème de cinq strophes en hébreu
(MS Bodleian 13). La reine procèdera aussi à un
décret sur les grammar schools visant à l'enseignement
de l'hébreu dans les écoles primaires, mais il
semble que ce décret n'ait jamais pû être
appliqué.
-
- 3.
L'éducation noble
- L'érudit florentin
Petrucchio Ubaldini rapportait qu'en Angleterre "les riches
font apprendre le latin le grec et l'hébreu à leurs
fils et à leurs filles, car depuis que les tempêtes
de l'hérésie ont envahi le pays, ils tiennent pour
utile de lire les Ecritures dans les langues originales."
Il est difficile de saisir l'importance de ce phénomène
sur un seul témoignage, mais on trouve de semblables remarques
dans l'oeuvre de Lawrence Humphrey dans The Nobles, Of the Nobility,
qui recommande aussi l'enseignement de l'hébreu.
- Dans les royal wards des
orphelins nobles, Bacon, puis Gilbert, s'efforceront à
plusieurs reprises d'établir une éducation idéale
comprenant l'enseignement de l'hébreu. Mais ce plan restera,
en dépit de ces dispositions, inappliqué.
-
- 4.
Les écoles
- Le 27 Novembre 1539, Thomas
Cromwell envoya à Crammer une lettre concernant la reconstitution
de l'église de la cathédrale de Canterbury. L'acte
du Parlement légalisait la saisie de l'argent des monastères,
mais établissait une école attachée à
cette église où avait lieu un enseignement de l'hébreu
. Les revenus de la cathédrale devaient selon Cromwell
payer l'enseignement de l'école. Un tel plan devait être
appliqué à d'autres écoles de cathédrales,
ainsi que le confirme le document King Henry VIII's Scheme of
Bishoprics.. Dans les faits, ce plan ne fut pas appliqué,
et il n'y a pas de preuve que l'hébreu ait en définitive
été enseigné à Canterbury. Sous Elisabeth,
cependant, des écoles voient le jour où l'hébreu
sera effectivement enseigné.
- The statutes of Merchant
Taylor's School, approved by the governors in 1561, stated that
the headmaster must be proficient in Latin and Greek, 'if such
may be gotten'. There is no mention of Hebrew. Such an omission
may be explained by the difficulty in finding anyone capable
of satisfying the requirement, or by the dependence of the statutes
on those drawn up by Colet for St Paul's School fifty years previously.
But despite the lack of statutory provision, it is certai tha
instruction in Hebrew was offered from the beginning. The first
three headmasters, Richard Mulcaster, henry Wilkinson and Edmund
Smith, were all capable of giving it, and there is contemporary
evidence that at least one of them did so. On 10 June 1572 an
entrance examination to St John's College, Oxford, was held at
the school. Two senior boys were to be elected. The examiners
included Nowell, Dean of St Paul's, Watts, Archdeacon of Middlesex
and Horne, Bishop of Winchester. 'Before this venerable assembly
the head scholars of the school presented themselves for examination
and after one of them had briefly enumerated the several books
they were learning in Latin, Greek and Hebrew, the examination
began ' (Jones 230)
-
- Hormis cette école,
Jones cite encore St Paul's School, Westminster School, et Bedford
School, où aurait été enseigné l'hébreu
pendant le seizième siècle.
- L'hébreu et la culture
hébraïque participaient donc aux fondements de la
nouvelle religion et de la légitimité du pouvoir
royal. Il est remarquable de constater que cette question d'identité
(juive), qui est à l'origine de cette étude, surgit
dans l'histoire d'Angleterre à propos d'un problème
d'identité (royale), et du problème de succession
d'Henry VIII, avant de devenir le problème d'identité
d'Elisabeth (la bâtarde), puis de l'Angleterre anglicane
toute entière. L'identité (et selon l'éthymologie
du terme "identitus", le modèle) hébraïque
est empruntée pour faire opposition à une autre
identité, romaine. Cet ancrage identitaire est crucial
à l'heure de la naissance des sentiments nationaux en
Europe, et répond à la fois aux aspirations d'unité
de son peuple pour la reine Elisabeth, et à l'attente
messianique dépourvue d'objet des puritains et des catholiques,
aspirations que nous allons évoquer rapidement.
-
-
- 5.
L'espoir d'une "langue et religion commune" pour lier
catholiques et protestants
- On peut penser que cette
insistance sur l'hébreu était une autre expression
de la tactique subtile de la reine Elisabeth pour ne pas établir
une Eglise qui serait ou protestante ou catholique, mais bien
fonder une église anglaise originale unissant ses sujets.
Le retour aux sources linguistiques et textuelles des deux religions
éloignait le spectre de la St Barthélémy
dont on sait qu'elle l'avait profondément affectée.
Une nouvelle église qui serait un compromis entre le protestantisme
et le catholicisme lui permettait d'unir ses sujets en une religion,
tout en offrant une solution aux catholiques, que la bulle papale
d'excommunication de leur reine atteignait tout autant qu'elle.
Etait excommuniée avec la reine toute personne acceptant
de lui obéir, et la bulle invitait ainsi les croyants
-les catholiques anglais- à rejeter l'autorité
temporelle et spirituelle de leur reine. Cette bulle ne fut pas
suivie par les catholiques, pour qui la fidélité
au trône primait, et qui se trouvaient déjà
isolés dans la société anglaise, sans secours
réel de l'extérieur. La reine Elisabeth mena sans
cesse une politique ambigüe, qui accordait, tour à
tour, aux protestants et aux catholiques, sans que sa préférence
fut perceptible, pour l'un ou l'autre camp.
- En 1559, lors d'une messe
dans la chapelle royale, les autorités de l'Eglise anglicane
découvrirent avec horreur qu'un crucifix avait été
placé dans la chapelle royale, et que deux chandeliers
figuraient désormais sur la table, "standing altar-wise",
c'est-à-dire placés ainsi que sur un autel, et
ce, alors que la signification de la messe pour les réformés
ne signifiait pas le renouvellement du sacrifice pascal, mais
l'étude avant tout de la Bible. L'affaire prit immédiatement
la dimension que souhaitait la reine, c'est-à-dire que
cet acte fut interprété par les protestants comme
un arrêt de la Réforme et par les catholiques comme
une forme de conciliation destinée à leur faire
accepter la religion réformée par la reine comme
une religion, avant tout, nationale selon le vieux principe établi
: cujus regio, ejus religio. Après ce qui paraît
être une première prise de position religieuse,
la reine prit à nouveau la parole dans ce domaine. Sur
le conseil de Richard Godrich, qui semble avoir écrit
Device for Alteration to Religion (3) en réponse a une
commande royale, Elizabeth manifesta à nouveau sa volonté
et sa diplomatie religieuse concernant le dogme de la transsubstantation.
-
- L'affaire
de l'hostie et le problème de la transsubstantation :
une prise de position protestante
- In a dramatic episode she
ordered Bishop Oglethorpe not to elevate the host; he refused,
and when he reached that point in the mass Elizabeth rose and
stalked from the chapel, making clear to all that she did not
accept transubstantiation. (Norman L. Jones 32)
- A ce sujet la reine écrivit
un texte, où elle exprimait de façon étonnamment
claire un point de vue protestant en pratiquant à nouveau
une politique d'actes provocateurs qu'elle laissait son public
libre d'interpréter.
- As the members of Parliament
gathered for the opening of the session, the Queen gave further
indications of her religious intentions. Elizabeth absented herself
from the traditional mass of the Holy Ghost and when she was
at Westminster Abbey by a procession of monks with lightes tappres,
incense and holy water, she cried; 'Away with these torches,
we see very well.' (Norman L. Jones 37)
- Sur tous les sujets brûlants
de la religion, sur tous les thèmes enflammant les puritains
et les réformés, la reine prenait la parole, sinon
montait en scène, et occupait donc le premier rôle.
On constate la même obstination quand elle obtint habilement
la perte de la majorité catholique dans le Parlement suivant,
lorsque les représentants catholiques se virent refuser
le droit de réponse au représentant de la couronne
dans la disputatio ouverte et apparemment libre. Outrés,
ils quittèrent le Parlement, perdant de facto la majorité,
et permettant ainsi l'établissement des réformes
auxquelles ils s'opposaient. Les historiens sont partagés
entre l'interprétation d'une position royale imposée
par la situation, par des déclarations protestantes dictées
par les événements et la puissance menaçante
des puritains, ou, au contraire, l'existence d'une politique
religieuse tacite mais ferme, établissant une religion
de la via media destinée à réunir tout un
peuple. En fait, il semble bien que la reine, avertie par le
règne sanglant de sa soeur et par la St Barthélémy
des dangers des affrontements religieux, ait tout tenté
pour créer une église de compromis destinée
à unir ses sujets. Cette Eglise et sa nouvelle identité
trouvait, elle aussi, sa légitimité dans un retour
à l'hébreu.
-
- Une
atmosphère propice à l'attente des catholiques
et des puritains
- Enfin, l'attente qui caractérise
le messianisme juif répond au sentiment d'attente des
puritains et des catholiques.
- Les puritains attendent une
réforme plus profonde de l'Eglise anglaise, et justifient
ainsi son état auprès des protestants étrangers.
Mais les catholiques sont aussi caractérisés par
une attente indéfinissable, car ils voient dans les demi-mesures
de la reine Elisabeth une volonté de tergiversation devant
permettre ensuite un retour à l'église catholique.
- For the committed Catholic
there was in these years always the hope that better days might
come. Bishop jewel commented to Peter Martyr in 1562 that the
Papists were thought to be 'expecting something, I know not what,
no less than the Jews do their Messiah
- Les textes hébraïques
et la tradition qui les accompagne correspondent intimement à
cette atmosphère, et favorisent ainsi l'efflorescence
des mythes royaux élisabéthains de messianisme.
-
- L'hébreu et l'hébraïsme
d'un premier type, encouragés par le pouvoir royal, correspondent
à l'expression d'une identité d'emprunt visant
à s'opposer à la légitimité romaine
par une légitimité plus ancienne et ainsi plus
vénérable, plus sacrée parce que biblique.
Mais, parallèlement à ce premier type d'hébreu
et d'hébraïsme, on trouve un hébreu et un
hébraïsme liés à une expression ésotérique,
et dont le sens et l'identité ne peuvent être mis
en lumière que par contraste avec l'idéologie politique
et religieuse du pouvoir.
-
- II.
L'hébreu, l'hébraïsme, et la cabbale chrétienne
comme émergence d'une troisième force
- Constatons que, face aux
traductions commandées et contrôlées par
le pouvoir royal, face aux institutions d'enseignement de l'hébreu
mises en place par lui, nous trouvons l'initiative de traducteurs
de cabbale et de cabbale chrétienne, les réunions
et études spontanées de ces traducteurs, les échanges
épistolaires de ces traducteurs et des écrivains,
et enfin la réunion de groupes de cabbale chrétienne.
Or il est frappant de constater que l'hébraïsme,
en tant que culture hébraïque perçue ici souvent
par l'intermédiaire de textes commentateurs, voire de
cabbale chrétienne, devient à nouveau une source
d'identité, (au sens littéral du terme, c'est-à-dire
un modèle), puisque ces groupes prennent ensuite le modèle
ésotérique comme forme de leurs écrits.
- Il est clair alors que les
études cabbalistiques et la cabbale chrétienne,
qui avaient d'abord enthousiasmé les penseurs académiques
les plus réputés de l'Angleterre, ont dû
ensuite entrer dans la clandestinité. L'ésotérisme
des textes inspirés par cet hébraïsme est
donc de deux ordres : il peut s'agir d'un ésotérisme
dû au contenu sacré ou divin du texte, mais aussi
d'un camouflage de la clandestinité.
- Nous verrons dans cette partie
quel était l'historique de la réception de la cabbale
à travers la cabbale chrétienne en Angleterre,
avant de centrer notre analyse sur les traducteurs de cabbale
chrétienne, puis de voir les diverses formes d'ésotérisme
de leurs textes.
-
- 1.
Les fervents lecteurs de Reuchlin et de Pic de la Mirandole
- Reuchlin avait de nombreux
admirateurs en Angleterre depuis le début du XVIe siècle.
Sir Thomas More, l'évêque de Rochester, Fisher,
l'érudit mèdecin Linacre, Grocyn, premier enseignant
de grec à Oxford, Colet, Doyen de St Paul, Tunstall qui
sera ensuite Evêque de Londres. On oublie d'autre part
souvent que Thomas More est l'un des traducteurs de l'oeuvre
de Pic de la Mirandole en anglais. Parmi ces érudits,
on trouve ainsi des universitaires. Il est évident qu'à
son origine, l'intérêt pour la cabbale chrétienne
ne se différencie pas fondamentalement de l'essor de la
culture hébraïque exotérique, puisque c'est
par exemple John Colet, à son retour d'Italie enthousiasmé
par Pic de la Mirandole et l'oeuvre de Ficino, qui oeuvrera pour
le développement des études bibliques et hébraïques
à Oxford en 1496.
- Mais très vite, on
voit se distinguer deux tendances, entre ceux qui pensent que
l'étude de l'hébreu, des sources hébraïques,
et de Reuchlin a des limites à ne pas franchir, et ceux
que l'étude approfondie de tous ces textes tente. Colet
lui-même n'apprendra l'hébreu que fort tard, comme
si Reuchlin, intermédiaire avec cette culture, lui avait
suffit. Wakefield et Fisher ont un point de vue divergeant sur
ce point qui pousse Wakefield à quitter Cambridge. En
1555, John Cheke le premier Regius Professor de grec à
Cambridge écrit dans une lettre à Stephen Gardiner
que l'hébreu a encore ses détracteurs et que l'étudier
peut miner une réputation .
- On voit peu à peu
se distinguer les études officielles des sources hébraïques
de celles de la kabbalah, et de la cabbale chrétienne
proprement dite.
-
- 2.Le
cas des traducteurs de Kabbalah et de Cabbale en Angleterre.
- L'étude de la liste
des oeuvres traditionnellement considérées comme
majeures par les Cabbalistes chrétiens français,
traduites en latin ou en anglais, ainsi que de la liste des oeuvres
de Cabbalistes chrétiens français traduites en
anglais, nous permet d'établir la liste de traducteurs
anglais d'ouvrages de Kabbalah ainsi que de Cabbale que nous
reproduisons en annexe.
- Les traductions de textes
cabbalistes, ne sont pas le fruit du hasard. Elles suivent la
logique permettant la récupération de certains
thèmes messianiques et royaux, en abandonnant ceux qui
seraient trop centrés sur le sentiment national français.
Les traducteurs montrent des liens entre eux que nous avons donc
résumé dans le tableau suivant :
- Schéma des liens existant
entre les traducteurs et quelques intellectuels anglais contemporains
-
- Dans ce schéma, nous
avons résumé les relations et liens entre des traducteurs
en prenant pour principe supplémentaire qu'un traducteur
s'intéresse à une traduction d'un ouvrage du même
auteur, ou au même ouvrage traduit par un autre traducteur.
Les flèches figurant ce type de lien sont donc surmontées
de la mention "double traduction", suivie du nom du
Cabbaliste chrétien traduit ainsi par deux traducteurs
différents.
- Les relations personnelles
des traducteurs entre eux -celles du moins dont nous possédons
une trace- sont représentées par des flèches.
Ces relations personnelles mettent en évidence la centralité
du personnage de John Dee dans ce réseau.
- Enfin, quand un traducteur
avait été suivi par sa famille ou une partie de
sa famille dans son engouement pour la Cabbale chrétienne,
le nom des membres de sa famille figurent alors en groupe en-dessous
ou immédiatement à côté du sien.
- En ce qui concerne les traducteurs
pour lesquels nous ne connaissons pas un lien quelconque avec
d'autres traducteurs ou d'autres mentors, nous avons symbolisé
ce manque d'information par un point d'interrogation.
- Enfin, nous avons reproduit
à droite de ce tableau et reliés entre eux par
des traits droits les intellectuels figurant dans la liste des
membres connus de l'Areopagus.
- Certaines relations ont pu
exister, du moins la déduction logique nous pousserait
à les voir en filigrane dans des idées communes
: John Colet intéressé au plus haut point par l'hermétisme
et par la théorie héliocentrique a pu fort bien
rencontrer John Harvey, traducteur de l'Hermes Trismegiste, ou
son frère William, qui appliquait cette théorie
à la médecine (il avait écrit également
un ouvrage sur la circulation sanguine,De Motu cordis), comme
Colet . Nous sommes malheureusement réduits à des
suppositions pour cette relation et cet échange, et nous
n'avons donc pas établi de lien certain entre eux. Des
dédicaces tendent à montrer qu'un lien existait
également entre Shakespeare et ce groupe.
- Il est à peu près
certain que la liste des membres de L'Areopagus ainsi que des
adeptes qui gravitaient autour de ce groupe n'est pas représenté
de façon exhaustive dans ce schéma, même
si nous pouvons à présent élaborer avec
plus de fermeté l'hypothèse d'un groupe de Cabbalistes
chrétiens anglais, fondé à l'instar de celui
de la cour de France sur la traduction - appropriation des textes
considérés comme majeurs par ce groupe . En fonction
du nombre de relations individuelles centrées sur la personne
de John Dee, on peut également affirmer que ce groupe
était "dirigé" par John Dee, et entrevoir
là l'organisation d'un groupe de traducteurs-écrivains
devant propager une certaine idéologie.
- Ces auteurs ne semblent pas
montrer pour la plupart de connaissance de l'hébreu, mais
leur intérêt pour la mystique hébraïque
est évident. Cet intérêt les lie de façon
pratique, puisqu'on s'aperçoit que ces traducteurs étudient
ensemble les textes de cabbale chrétienne de l'Europe
de la Renaissance. Une analyse plus approfondie de leurs thèmes
d'étude met en évidence l'importance de la tradition
hébraïque dans sa forme ésotérique
au centre de l'étude de ce groupe.
-
-
- 3. L'étude de la kabbalah et
de la cabbale chrétienne
- Le groupe de ces traducteurs
étudie autour de John Dee, et il semble possible de les
identifier avec le groupe de l'Aeropagus dont parle la correspondance
de Spenser et Gabriel Harvey sur la base des personnes citées
nommément dans ces lettres.
- Une lettre de Spenser à
Gabriel Harvey nous informe que Sidney et Dyer ont fondé
un groupe nommé Areopagus, et que ce groupe est "destiné
à compter les syllabes les lois et les quantités
des vers anglais":
- [Philip Sidney and Edward
Dyer] have proclaimed in their Areopagus, a generall surceasing
and silence of balde Rymers, and also of the verie beste to :
in steade whereof, they have by authoritie of their whole Senat
prescribed certaine Lawes and rules of Quantities of English
sillables, for English Verse : having had thereof already great
practise, and drawen mee to their faction. (Gabriel Harvey, Letter
Book)
-
- Cette lettre montre que Gabriel
Harvey n'était pas seulement le frère d'un traducteur
de Cabbale chrétienne, mais qu'il correspondait avec Spenser,
qui appartenait à un groupe intellectuel dont le noyau
unificateur semble bien avoir été ce type d'études.
- Peter French considère
le groupe de l'Areopagus et le limite aux personnes citées
par Spenser, ( Sidney, Dyer Greville, Daniel Rogers et Dee) tout
en élaborant la thèse que ces études qui
ne traitaient certainement pas seulement de versification étaient
le fondement d'un groupe hermétique. Il est évident
d'après la contradiction même dans la lettre de
Spenser qu'il ne s'agit pas que d'un groupe de versification.
Spenser nous informe simultanément de la fondation d'un
groupe établissant de nouvelles règles de versification
pour annoncer ensuite qu'il a été admis dans ce
groupe pour être instruit en cet art par ses membres si
doctes et déjà expérimentés.
- Gabriel Harvey comprend à
demi-mot puisque sa réponse indique qu'il honore plus
ces hommes et ce groupe que deux cent Dionisii Areopagitae.
- D'autre part, il n'est pas
contradictoire d'associer l'étude de la versification
avec celle de la mystique si l'on garde à l'esprit la
thèse de Léon l'Hébreu concernant les fondements
de l'écriture ésotérique et l'importance
de sa forme rimée .
- Notre thèse est que
ce groupe était beaucoup plus important, qu'il comportait
un ensemble d'écrivains et de traducteurs, et que leurs
études, même si elles utilisaient les thèmes
grecs ou hermétiques, et comportaient l'étude de
la versification, suivaient ces principes esthétiques
et éthiques. Une lettre de Gabriel Harvey montre clairement
que l'étude de ce groupe est la kabbalah, puisqu'il utilise
les termes de "supernaturall philosophy" (après
les avoir utilisé pour désigner la science de John
Dee) qui sont à l'époque synonyme de cabbale:
- [ . . . ] in very deede the
soverayne ladye and supreme goddesse of vertues and in a manner
the only foundrisse and defenderesse as well of the theoricks
as practicks in all sciences and professions, and namely the
very mother and nurse of our most mysticall and profondist morall
naturall and supernaturall philosophy.[ . . . ] (Letter-Book,
73)
-
- Pourtant ce groupe se cache.
Spenser et Harvey ne l'évoquent qu'à mots couverts.
Et les textes écrits par les auteurs de ce groupe donnent
un statut variable à l'hébreu, tout en affichant
tour à tour un ton ésotérique ou exotérique.
La forme ésotérique du texte dans son rapport à
un contenu est indissociable de la question de l'identité,
ainsi que nous allons le voir dans la partie suivante.
-
- III. L'écriture ésotérique
et l'hébraïsme : modèle identitaire ou protection
vitale?
- Ainsi deux formes d'ésotérisme
apparaissent après deux mouvements hébraïstes
différents. L'ésotérisme des lettres entre
Gabriel Harvey et Spenser répond sans nul doute à
la nécessité de se cacher et de se protéger,
alors que l'ésotérisme des textes de cabbale chrétienne
reflète un sens épistémologique propre autant
que la crainte d'être dévoilé.
- 1. La problématique
des sources cabbalistiques et juives chez les frères Harvey
: le tournant de l'hébraïsme exotérique à
l'hébraïsme ésotérique
- Une question récurrente
obsède Gabriel, John, et Richard Harvey. Il s'agit de
la conjonction de Saturne et de Jupiter. Cette conjonction fait
référence, on le sait, à la prophétie
de Guillaume Postel selon laquelle Jésus étant
né peu de temps avant cette conjonction, la septième
conjonction verra le retour du messie.
- Dans la correspondance qu'il
échange avec Spenser, Gabriel Harvey parle de cette conjonction
à mots couverts, par allusion, sans décrire les
éventuelles catastrophes du déluge de feu censées
l'accompagner.Harvey rappelle un sujet de discussion de leur
dernière rencontre, mais ne le mentionne pas explicitement.
Ces détours embarrassent la compréhension même
du texte. Harvey sollicite un conseil après avoir mentionné
la conjonction de Saturne et de Jupiter et demandé, comme
nous l'avons déjà dit, du poil de sa barbe à
Spenser.
- In ye meane space I knowe
you maye for your hability, and I praesume you will of your gentlenes,
affourde me so mutch of your stoare other wayes as shall reasonablely
serve to be imployed on so avayleable and necessary uses. Rather
than fayle, I request you most humbly let me borrowe them bothe
uppon tolerable usurye. I am forthwith to give you my obligation
for repayment of the principalls with the loane at the daye appoyntide,
contrived in as forcible and substantiall manner as your selfe
or your lernid counsel can best devise. (Gabriel HarveyLetter-Book
74 Folio 40,41, et 41b)
-
- Tout porte alors à
penser que Gabriel cache ses sources et ses conclusions pour
éviter d'être associé ouvertement à
des études de cabbale si la lettre était découverte.
Il cherche en effet à être admis dans les cercles
établis de Pembroke Hall, et sa crainte montre donc que
les études de cabbale chrétienne étaient
de mauvais ton. La datation précise de la lettre n'est
pas possible, mais elle est postérieure à 1575
d'après les lettres antécédentes.
-
- En 1583, John Harvey publie
une éphéméride dans laquelle il prédit
les catastrophes devant suivre ladite conjonction de Saturne
et de Jupiter. Le texte de John Harvey (la prédiction
de 1583) s'intitule &laqno;prophétie». Il annonce
une fin du Monde tout en notant que les plus pieux seront peut
être sauvés. Mais par son titre même, il situe
son texte, et les intertextes qu'ils citent, sur le même
plan que l'Apocalypse. Ce texte cite implicitement Postel. Le
texte de John Harvey, après sa dédicace habituelle
à un protecteur, commence par une dédicace et une
adresse à son frère aîné, Gabriel.
John commence par justifier ses études en astrologie en
espérant montrer, par son ouvrage la valeur et le sérieux
de cette science. Aussi bien, dit-il, les controverses de Pic
de la Mirandole, d'Agrippa, et de bien d'autres, ont trouvé
leurs réponses depuis longtemps (4-5). Ce faisant, John
semble justifier son intérêt pour l'astrologie en
se défendant bien de ne pas toucher à la cabbale,
ce qui est assez singulier. Il cite ensuite de grands gentilhommes
fort sages s'adonnant à cette étude, dont Thomas
Eliot, Thomas Smyth, Recorde, Dee, Digges, Securis, Buckmaster,
Mounflowe, Twyne, Baro, et Foster. Dans cette liste, Eliot, Dee,
et Digges, qui étudient la cabbale chrétienne,
sont ainsi mêlés à des intellectuels moins
compromis. Se défendant d'être confondu avec un
faux prophète, John aspire, comme Richard, à être
considéré comme chercheur d'une science centrée
sur un phénomène de la nature, dont l'influence
est trop importante pour être délaissée par
l'étude. John annonce ensuite que l'année 1583
sera marquée par une conjonction funeste de Saturne et
de Jupiter. Mais son annonce prend un caractère particulier.
Elle est faite en référence au calendrier hébraïque,
(utilisé par tous les frères Harvey pour vérifier
leurs calculs et pour dater le monde), et s'inscrit en contrepoint
du rapport temporel habituel avec le déluge, comme avec
les grands événements des civilisations de l'Antiquité
:
- In this year ensuing, 1583,
which from the creation of the world is 5545 (to overpasse other
needeless computations and Chronologies : as how long from Noahs
flood. how far from the destruction of Troy? how many years from
the Assirian, Persian; (Macedonian monarchie, and so forth).
The 28 of April beeing Sundaye, about high noone, there shall
great and notable Coniunction of the two superiour and weightye
Planets Saturne and Iupiter, which coniunction shall be manisfested
to the ignorant sort, by many fierce and boysterous winds then
sodenly breaking out and continuing certaine daies before, and
certaine daies after the same Coniunction
- Enfin John cite le pseudo
prophète Elias et la prophétie talmudique des 6000
ans du monde.
- En 1583, le monde n'ayant
pas connu le déluge de feu annoncé, il est certain
que Richard Harvey se doit de prendre une autre démonstration
lorsqu'il prend la plume à son tour.
- En 1588, Richard Harvey commet
un nouvel ouvrage consacré au même thème,
dans lequel il réfute une à une toutes les prophéties
en vogue à son époque, allant jusqu'à retranscrire
la prophétie d'Elias en lettres latines pour la réfuter
:
- TANA ABE ALIAHU SESETH ALAPHIM
SHANA HAVE HAOLAM SENE ALAPHIM TOHU: VSNE ALAPHIM THORA: USNE
ALAPHIM IEMOTH HAMASHIHI VBA HAVENOTHEMA SHERABU IASHU MEON MASCIAS.
- Richard dénonce cette
prophétie en opérant une curieuse et brutale transposition
de ces données dans le calendrier chrétien. Richard
reprend la prophétie de Guillaume Postel, mais il ne cite
pas ce dernier, et il se montre fort virulent vis-à-vis
des sources juives, comme Léon l'Hébreu en citant
cette fois-ci une prophétie de celui-ci concernant la
Fin du Monde au bout d'un cycle de 50 000 ans fondé sur
un calcul multipliant le chiffre sacré des jubilés.
Richard ne semble pas savoir que cette prophétie dissocie,
en fait, les temps messianiques et Fin du Monde, et il en conclut
que cette prophétie ne peut que se tromper, car il est
évident selon lui, que les signes sont clairs et que la
venue du messie est proche.
-
- La différence de traitement
des sources juives et cabbalistiques entre les trois textes des
frères Harvey est frappante. Le texte de Richard, qui
est le plus tardif, montre un effort permanent d'orthodoxie chrétienne,
et un rejet des sources juives, qu'il ridiculise au même
titre que les autres prophéties issues d'autres cultures.
Il critique Reuchlin pour son attirance pour la synagogue et
se défend d'appuyer son discours sur sa prophétie,
alors que nous savons que la prophétie de Guillaume Postel
avait surtout été diffusée par Reuchlin.
Ce rejet est concommitant du rejet des textes cryptés
en général, puisque c'est l'argument clé
de son refus ou de son accord de certaines prophéties
.
- Le texte de John s'appuie
sur des sources hébraïques et les cite ouvertement,
tout en insistant sur l'importance de l'astrologie et des calculs
auxquels il a procédé.
- Le texte de Gabriel Harvey,
qui semble être le premier chronologiquement, reste le
plus allusif.
- Nous en concluerons que l'hébraïsme
en tant que culture indépendante du pouvoir était
associé à l'ésotérisme, et à
une identité religieuse hérétique, ce qui
explique la prise de distance officiellement affichée
par le dernier texte. Le texte de John Harvey de 1583 est le
plus audacieux, sans doute parce que son auteur espérait
démontrer avant tout la fiabilité de l'astrologie
qu'il considérait comme une science. L'absence de réalisation
des événements prédits, associée
à ses citations très libres expliquent le retournement
conservateur du texte de Richard en 1588, qui joue sa réputation
et celle de son frère, puisqu'il imprime à la fin
de son texte un poème de John sur les miracles attendus
avec cette apocalypse.
- Dans le contexte historique
de cette fin de siècle, le thème de ces textes,
(le déluge de feu), n'est sans doute pas non plus anodin,
et on peut imaginer sans difficulté que ce genre de prédiction
n'était pas perçu d'un très bon oeil par
le pouvoir royal alors que se multipliaient les excès
de prédicateurs et des millénaristes. Esotérisme
et hébraïsme, sont ainsi de plus en plus associés
à une identité interdite de sorte que le ton allusif
de la correspondance de Gabriel Harvey et de Spencer se comprend
mieux à la lumière de leur intérêt
commun pour la cabbale.
-
- 2.
Correspondance ésotérique et étude cabbalistique
: l'ésotérisme camouflage identitaire
- La correspondance de Gabriel
Harvey et Spenser prend progressivement un ton ésotérique
dont on perçoit par le nombre de précautions requises
de Spenser par Harvey qu'elle émane d'un besoin de sécurité,
dans un contexte dangereux. Harvey demande ainsi à Spenser
de détruire ces lettres où il semble plaisanter
en lui demandant de lui vendre quelques poils de barbe, en insistant
sur le fait qu'il ne faut pas qu'elles soient trouvées.
Un vocabulaire précis de connivence s'établit entre
les partenaires, dont nous ne percevons que progressivement et
partiellement les éléments. Et c'est bien de connivence
qu'il s'agit, dans le terme même de "conceit",
qui, de fait, désigne certes une figure de style comme
l'indiquait son sens étymologique italien, mais aussi
un code, entendu.
- Ces codes sont préétablis
par le groupe, de sorte que même si le lecteur les cerne,
il ne lui est pas toujours possible de les élucider. Quelques
lignes plus loin, toujours dans la même lettre, c'est là
le voeu explicitement énoncé par Gabriel Harvey
à Spenser : communiquer et être compris de lui seul.
" I beseeche, you in good ernest, have speciall regarde
to the praemisses, and whatsoever I communicate privately with
yowe or howe merrely so ever I write unto you, lett it be Mum
to all the world beside, and rekonid in secretis non revelandis."
(Letter-Book, 76). Plus loin encore, il parle de "secret
tuition" (instruction secrète).
- Gabriel Harvey semble bien
vivre une forme d'initiation, initiation d'une écriture
qui serait elle-même divine, messianique, puisqu'il précède
des "conceitid letters" qu'il soumet au jugement de
Spenser de la phrase "From my chamber the daye after mye
victorye", sans qu'aucun événement relaté
dans la lettre ne nous donne à penser qu'il s'agisse là
d'une allusion à des faits purement matériels.
- Dans une lettre ultérieure,
il cite enfin ses philosophes, évoquant après les
"active philosophers les "contemplative philosophers",
Philibert de Vienne, Galatro, Balthazar Castiglione, Stephan
Guazzo, Paolo Javio, Plutarque, Frontini, Polaenus, Guicciardini,
et enfin Jean Bodin et Louis Le Roy, "or sum other like
Frenche or Italian Politique Discourses". Les sources cabbalistes
chrétiennes lui sont donc connues, et Harvey les cite
comme réflexion historique, et métaphysique.
- Dès lors, on comprend
son enthousiasme à l'annonce de la création de
l'Aréopagus par Spenser, cette "riminge schoole".
- L'école d'écriture
de l'Aréopagus était bien une école de Cabbale
chrétienne, et il nous faut revenir un instant sur l'importance
particulière donnée aux lettres comme signifiantes,
et sur l'allusion à une découverte de la prononciation
du tétragrame. Enfin l'orientation chrétienne de
certains textes permet de déterminer avec certitude l'identité
de ce groupe d'étude.
-
-
- 3.
Etude et tétragrame: l'ésotérisme hébraïque
et son identité intrinsèque
- Le texte des lettres de Spenser
et de Gabriel Harvey mérite à nouveau d'être
cité, car il montre une progression du texte vers une
dimension ésotérique qui tient à son sujet
plus qu'au seul contexte. Dans cette une lettre à Spenser,
Gabriel Harvey annonce dès l'introduction qu'il s'agit
d'une "conceitide letter", c'est-à-dire comme
nous l'avons vu d'une lettre codée. Puis il prétend
que ces lettres ont été recopiées, qu'elles
émanent d'un meunier qui les aurait écrites à
une jeune fille. Le procédé est assez commun. Il
est même habituel chez Harvey, qui prétend ainsi
avoir des textes de More que le pauvre Thomas n'a certainement
jamais vus de ses yeux, mais qui permettent à Harvey de
s'innocenter si ces lettres sont prises.
- The letter to my selfe
- verbatim, as
- it was deliverid unto me
in an Inne of Courte
- in his owne hande.
- I shalbe contente after a
newe fashion to lende you the choyce of as many wordes and loovely
termes as we in Inglande use to deliver ower thankes in . Choose
whether you will have them given or yeeldid, renderid or recontid,
impartid or repayde, kutt owte of the whole cloathe, or otherwise
powrid owte in the bravist most gallant phraces that ar ether
nowe allreddy takkin upp or shall hereafter be devised amongst
the finest discoursinge tunges.
- A rehitall not so phantasticall
in shewe as playne and simple in deede. The very paymente of
a bankrowte ; and the only token you are like to receive from
me at this presente besides a farewell or twoe of the largist
size. A mystical and thrise happy worde, wherein is cowshid the
mightiest and sovraingist name (Ell ye name of God) under and
above the heavens. One of the hightest and divinist poyntes,
that I lernid out of Aggruppaes supernotable fourthe bokke de
Occulta Philosophia. And saye nowe, I have once in my life bestowid
uppon the a Byenote for thy lerninge ; and so once again take
Ell with the.
-
- He that is faste bownde unto
the in more obligations then any marchante in Italy to any Jewe
there. (Letter-Booke, 72-73)
-
- Il est évident que
cette lettre fait allusion à l'enseignement de la prononciation
du tétragramme, et ne laisse guère de doute sur
le thème de leurs échanges. Le codage de la lettre
répond ici à une esthétique autant qu'à
l'épistémologie intrinsèque à l'étude
cabbalistique, puisqu'il s'agit de l'étude du divin et
de ses faces cachées. Cette forme d'ésotérisme
est à distinguer de l'ésotérisme que nous
qualifierons de "vital", ésotérisme visant
à protéger ses membres, et qui s'illustre par l'anonymat
presque total du groupe de l'Aeropagus.
-
- Pour les cabbalistes, l'ésotérisme
des textes touchant au divin est une part intrinsèque
de l'étude et de la représentation des concepts
divins. La dimension ésotérique tient au processus
de lecture et de dévoilement nécessaire qui participent
à l'ordre du sens caché de la divinité dans
l'univers. Le monde est constitué de moustar, de caché,
et de Orot Hakedousha, lumières de sainteté, qui
sont des étincelles de la spiritualité encore présentes
dans le monde, et qui sont de l'ordre du dévoilement.
Les éléments empêchant le dévoilement
ou appartenant au monde matériel éloigné
de la spiritualité sont appelés des klippots, des
coquilles ou bien des couches superposées, et la tâche
spirituelle de l'homme consiste à percevoir, dévoiler
au-delà de ces couches superposées la volonté
du créateur, les étincelles spirituelles permettant
la réparation du monde. Pour les cabbalistes chrétiens
s'ajoutait une conception issue de la confusion originelle entre
le mot et la chose, par le sème de davar : écrire
les choses leur confère une existence, et écrire
la messianité proche de la reine Elisabeth pouvait permettre
la réalisation de cette utopie identitaire.
-
- Conclusion
- Les craintes du pouvoir vis-à-vis
de l'hébraïsme comme forme d'hérésie
sont sans doute la cause essentielle de la clandestinité
des études de ce groupe. La cause première est
donc religieuse, et on gardera en mémoire la triste fin
de Thomas More ou de Thomas Elyot pour imaginer le risque que
prenaient ceux que l'on pouvait taxer d'hérésie.
- Une autre cause se profile
cependant qui semblerait plus politique. La liste des fervents
admirateurs de Reuchlin est assez hétéroclite pour
montrer que ce courant de pensées traversait les divisions
religieuses habituelles : la cabbale risquait bien de former
une troisième force, concurente des efforts royaux pour
unifier l'Eglise d'Angleterre.
- Enfin, Ficino, la cabbale
chrétienne française, et même Reuchlin, représentait
des courants culturels venant du continent, et par l'intermédiaire
desquels on pouvait craindre une influence extérieure,
voire latine ou romaine. Au contre-modèle hébraïque
fondant l'identité anglicanne s'opposait un modèle
latinisé dont les limites n'étaient pas claires,
une identité qui, à l'instar de la religion universelle
dont rêvait Bodin, dépasserait les nations et les
rois.
-
- ANNEXE
- Thomas More (traducteur His
life by his nephew Giovanni Francesco Pico : also three of his
letters; his interpretation of Psalm XVI ; his twelve rules of
a Christian life ; his twelve points of a perfect lover ; and
his deprecatory hymn to God 1510 ? de Pic de la Mirandole en
anglais)
- __ The XII Propertees or
Condicyons of a Lover. By Johan Picus, Erle of Myrandula....
Expressed in balade by Sir T. More.
-
- Sir Thomas Elyot (traducteur
de Pic de la Mirandole, Regulae XII. partim excitantes, partim
dirgentes hominem in pugna spirituali... The Rules of a Christian
Lyfe...) 1534. Octo, réimprimé 1585, 1615
-
- Partridge, J. traducteur
de Hermes Trismegisti libelli et fragmenta... ordine scientifico
disposita (éditions vers 1679 et reproduites ici pour
montrer la pérennité du mouvement)
- . __ Poemender (Hermes Trismegiste).
Sermo sacer. _ Clavis. - Sermo ad filium. _ minerva mundi, etc.
- Hermes, his Centiloquium,
or, his hundred aphorisms rendered into English by Partridge,
J : or an Astrological vade mecum.
- . __ The treasuries of hidden
secrets, ouvrage qui semble sinon une traduction du moins une
forme de plagiat de l'oeuvre de Louis Le Roy. Louis Le Roy, répétons-le,
n'était pas un cabbaliste mais sa pensée fut reprise
par les cabbalistes pour prouver la supériorité
d'un royaume (de France ou d'Angleterre selon les cas), son élection
divine et la fonction messianique de son monarque. La traduction
ou le plagiat de ses oeuvres n'est donc pas sans portée
pour le courant de pensée associant en Angleterre comme
en France sentiment national, messianité, et culte de
la personne royale.
- Nous relevons aussi la traduction
suivante, de traducteur inconnu mais montrant l'engouement pour
ce texte :
- The Book of quinte essence
or the fifth being. A tretice in English brevely drawe out of
the book of quintis essenciis in latyn, that Hermys the prophete.
. . hadde by revelacioun of an aungil. . . Edited from . . .
MS Sloane 73 about 1470-70.
-
- John Harvey, traducteur de
The learned worke of Hermes Trismegistus, Intituled : Iatromathematica,
that is his phisical Mathematiques, or Mathematical Phisickes,
directed unto Ammon the Aegyptian... Lately Englished by Iohn
Harvey, etc, 1983. Octo.
-
- Les textes de Hermes Trismegiste
ont un tel succès qu'une traduction latine d'Albumassar
est même attribuée à Hermes Trismegiste :
- De Revolutionibus Nativitum,
incerto interprete, 1559. fol.
-
- R. Bacon, traducteur d'une
autre oeuvre d'Hermes Trismegiste, The Smaragdine Table of Hermes
Trismegistus, The mirror of Alchemy, etc, 1597. Quatro.
- Bacon n'est pas un auteur
contemporain du groupe de penseurs cabbalistes anglais ou même
français. Mais la Renaissance voit un engouement pour
ses oeuvres qui sont redécouvertes. Bacon avait été
en effet un des premiers penseurs anglais à s'être
intéressé à l'ésotérisme,
à la kabbalah, et à l'hermétisme. Cette
réédition d'une traduction de Bacon est donc particulièrement
significative. Bacon est donc perçu comme un des premiers
cabbalistes chrétiens, comme l'initiateur d'un mode de
pensée qui commence par la traduction d'oeuvres et leur
transposition dans un cadre de pensée religieuse chrétienne.
François Secret montre ainsi dans son dernier ouvrage
sur la cabbale chrétienne, que Roger Bacon utilisait déjà
des thèmes caractéristiques de la cabbale chrétienne,
tel que l'introduction du Shin au sein du tétragrame pour
prouver la divinité de Jésus. (François
Secret, Hermétisme et Kabbale. 43)
- Cet engouement survivra au
règne de la reine Elizabeth, puisqu'on trouve des traductions
encore ultérieures, par les derniers cabbalistes chrétiens
anglais, dont Nicholas Culpeper, qui publie sa traduction avec
ses conclusions et déductions médicales sur la
base de ce texte [Semiotica Uranica] Astrologicall judgement
of diseases from the decumbiture of the sick much enlarged. .
. Whereunto is added . . . Hermes Trismegistus upon the first
decumbiture of the sick, etc 1655.
-
- La même logique guide
William Salmon, M.D. lorsqu'il écrit son ouvrage de médecine
encore plus tard. Synopsis Medicinae. Or a compendium of astrological,
Galenical, & chymical physick. Philosophically deduced from
the principles of Hermes and Hippocrates. In three books, etc.
1671.
-
- John Dee traducteur de Monas
Hieroglyphica, Antwerp, 1564, et de Muhammad al-Baghdadi. De
superficierum divionibus liber Machometo Bagdedino ascriptus
nunc primum Ioannis Dee . . . & Frederici Commandini . .
. . opera in lucem editus, etc 1570. Quatro. Version anglaise
de cette oeuvre publiée en 1661.
-
- John Dee traducteur de Louis
Le Roy (voir plus bas)
-
- Traducteur de Louis Le Roy
: Robert Ashley. Of the interchangeable course, or variety of
things in the whole world, and the concurence of armes and learning,
through the first and famourest nations : from the beginning
of civility, and memory of man, to this present . . . turned
into English by R. Ashley, London, C. Yetweirt, 1594.
-
- Traducteur de la République
de Jean Bodin : Richard Knolles. The six bookes of a commonweales.
Written by I. Bodin. . . Out of the French and Latine copies,
done into English, by Richard Knolles (1550?), impensis G. Bishop,
1606 (réimpression?)
-
- Traducteur de Philippe de
Mornay, Seigneur de Plessis-Mornay : Sir P. Sidney . A Woorke
concerning the trewnesse of the Christian Religion against Atheists,
Epicures, etc . . . Begunne to be translated into English by
Sir P. Sidney . . . and . . . finished by A. Golding. London,
1587. Quatro. Réimprimé 1646.
- Il convient d'ouvrir à
nouveau une parenthèse. Philippe de Mornay n'est pas un
cabbaliste chrétien, bien qu'il soit classé comme
tel par François Secret. Sa présence dans la liste
que nous avions choisie de prendre comme guide justifie tout
d'abord notre propre recherche. Mais d'autre part, il convient
de préciser que bien que ne mentionant jamais ni millénaire
ou apocalypse, Du Plessis était perçu comme un
auteur précurseur d'un âge messianique en Angleterre,
probablement parce que sa démonstration concernait la
supériorité de la religion chrétienne et
sa victoire future, dans un pays qui recherchait avidement des
arguments pour énoncer sa foi et son identité particulière.
Dans le contexte de l'Angleterre, l'athée est le catholique,
et la vraie foi le protestantisme.
-
- Autres traductions de Du
Plessis
- . __ The Defence of Death.
Containing a moste excellent discourse of life and death, written
in Frenche . . . and doone into English by E[dward] A[ggas],
London, 1577. Octo.
- Traduits tous deux en un
seul ouvrage par la Comtesse de Pembroke, et publié à
Londres en 1592.
- . __ Discourse of Life and
Death.
- . __ Antonius, a Tragedie
-
- John Feilde :
- . __ Christian Meditations,
vpon the sixt, twentie five, thirtie, and two and thirtie Psalmes
. . . and moreover vpon the 137. [or rather, 127] Psalme by P.
Pilesson . . . translated . . . by Iohn Feilde, London, [1587?]
- . __ A Treatise of the Church
, in which are handled all the principall questions, that have
bene moved in our time concerning that matter. London, 1579.
Octo.
-
- Traducteur de Etienne Pasquier
(Monophylo) A Philosophical Discourse, and Division of Love...
:
- Geffrey Fenton (1572)
-
- Gabriel Simon & William
White, traducteurs de A Treatise of Melchisedek, proving him
to be Sem, the father of all the sonnes of Heber, the first king,
and all kinges glory, London, 1591. Quatro.
- Traducteur de livres bibliques,
Hugh Broughton Daniel,. Daniel his Chaldie Visions and his Ebrew
: both translated . . . and expounded [ by Hugh Broughton], 1596.
Quatro.
-
-
- Oeuvres citées
- Gundesheimer, Werner L. The
Life and Works of Louis Le Roy. Genève: Droz, 1966.
- Hailperin, H. Rashi and the
Christien Scholars (Pittsburgh: Pa) 1963.
- Heywood, J Collection of
Statutes for the University and Colleges of Cambridge, (London:1840)
- Lloyd Jones G. The Discovery
of Hebrew in Tudor England. Manchester U. P., 1983.
- Mc Grath, Patrick. Papists
and Puritans under Elizabeth I. London: Blanford Press, 1967.
- McGrath, Patrick & Joy,
Pone, "The Marian Priests under Elizabeth I", Recusant
history, 1984, 17(2), 103-120.
- Robinson, Hastings, ed. The
Zurich Letters, comprising the correspondence of several English
Bishops and others with some of the Helvetian Reformers during
the early part of the reign of Queen Elizabeth (Cambridge: Parker
Society, 1845)
- Stern, Virginia. Gabriel
Harvey (1550-1631) : His life, Maginalia and Library. Orxord:
Clarendon Press, 1979.
- Stopes, C.C. Shakespeare's
Environment, (Londres : 1914)
-
- Oeuvres consultées
-
- Adams, Simon, "Stanly,
York and Elizabeth's Catholics", History Today. Great Britain,
1987, 37(July), 46-50.
- Anthony, Katherine. Elizabeth
I. Princeton U.P., 1993.
- Berry, Philipa. Of Chastity
and Power : Elizabethan Literature and the Unmarried Queen. New
York: Routledge, 1989.
- Boweler, Gerald, "An
Axe or an Act : The Parlament of 1572 and Resistance Theory in
early Elizabethan England", Canadian Journal of History,.
Canada: 1984, 19(3), 349-359.
- Brennan, Micharl G., "Two
Private Prayers by Queen Elizabeth I", Notes and Queiries
, Great Britain), 1985,32(1), 26-28.
- Christiansen, Paul. Reformers
and the Church of England under Elizabeth I and the early Stuarts.
Oxford.P.,1980.
- Collinson, Patrick, "The
Monarchical Republic of Queen Elizabeth I", Bulletin of
The John Rylands University Library of Manchester, Great Britain,
1987, 69(2), 394-424.
- Don, Cameron Allen. The Star-Crossed
Renaissance-The Quarrel about Astrology and Its Influence in
England. New York: Octagon Books, 1973, (Copyright : 1941 by
The Duke U. Press).
- French, Peter. John Dee :
The World of an Elizabethan Magus. London: Routledge and K. Paul,
1972.
- Frye, Susan. The Competition
for Representation. Princeton U.P., 1994.
- Haigh, Christopher. The Reign
of Elizabeth I. Athens, U. of Georgia Pr., 1985.
- ___ , "The Reading Story
: The Reign of Elizabeth I ", History Today (Great Britain),
1985, 35(Aug.), 53-55.
- Haugaard, William P., "Elisabeth
Tudor's Book of Devotions : A Neglected Clue to the Queen's Life
and Character", Sixteenth Cent. Journal, 1981
- Heywood, Thomas. England's
Elizabeth. New York: Garland, 1982.
- Hill, Christopher. Antichrist
in Seventeenth-Century England. Oxford: Oxford U.P., 1957.
- Hill, Christopher. Society
and Puritanism in Pre-Revolutionary England. London: Secker &
Warburg, 1966.
- Hooker, Richard. The Laws
of Ecclesiastical Policy. 1597, in John Keble, ed., The Works
of Richard Hooker. New York: Burt Franklin, 1888, reprinted 1970.
- Humberger, Jean. Le journal
d'Harvey : Les aventures d'un médecin des rois qui bouleversa
la médecine. Paris: Gallimard, 1986.
- Hurstfield, J. Elizabeth
and the Unity of England. New York: Harper and Row, 1960.
- Ives, Eric, "Queen Elizabeth
I and the People of England, Historian ,Great Britain, 1983,
1, 3/10.
- Johnson, F.R. Astronomical
Thought in Renaissance England. Baltimore: Johnson, 1937.
- Johnson, Paul. Elizabeth
I, A Study in Power and Intellect. London: Weidenfeld and Nicholson,
1988.
- Johnson, Paul. Elizabeth
I, A Study in Power and Intellect. London: Weidenfeld and Nicholson,
1988.
- Jones, Norman L. Elizabeth's
First Year. The Conception and Birth of the Elizabethan Political
World. Princeton U.P., 1993.
- ___ ,"Elizabeth, Edification
and the Latin Prayer Book of 1560", Church history, 1984,
53(2), 174-186.
- King, John N., "Queen
Elizabeth I : Presentations of The Virgin Queen", Renaissance
Quaterly, 1990, 43(1), 30-74.
- ___ , "The godly woman
in Elizabethan Iconography", Renaissance Quarterly, 1985,
38(1), 41-84.
- Kohn, Hans, "The Genesis
and Character of English Nationalism", Journal of the History
of Ideas, 1 (January 1940)
- Labrousse, Elisabeth. L'entrée
de Saturne au Lion, (Eclipse du soleil du 12 Août 1654).
La Haye: Martinus Nijhoff, 1974.
- Lecoq, Anne-Marie, "La
symbolique de l'Etat : les images de la monarchie", Les
lieux de mémoire, tome II : la nation. Paris: Pierre Nora,
1986.
- Litoman, V.D. "Three
Centuries of Anglo-Jewish History", Jewish historical Society
of England. Cambridge: Hester W. and Son limited, 1961.
- Mc Caffrey. Elizabeth I (War
and Politics). Princeton U.P., 1992.
- Marx, Roland. Histoire de
l'Angleterre. Paris: Fayard, 1994.
- Neale, J.E. Queen Elizabeth
I. London: Jonathan Cape edition, 1967.
- Newman, Gerald. The Rise
of English Nationalism : A Cultural History, 1740-1830. London
: Wendefeld, 1987.
- Oberman, Augustinus Hieko.
Forerunners of the Reformation. New York: Holt, Rinehart and
Winston, 1966.
- Pagel, Walter. New Light
on Willam Harvey. München, Paris: S. Karger, 1976.
- Prale, Stuart E. The Puritan
Revolution. London: Routledge and Kegan Paul, 1968.
- Ranum, Orest, ed. National
Consciousness, History and Political Culture in Early Modern
Europe. Baltimore: John Hopkins University Press, 1975.
- Russell, Conrad. The Short
Oxford History of the Modern World The Crisis of Parliaments
English History 1509-1660. London: Oxford U. Press, 1971.
- Stern, Virginia. Gabriel
Harvey (1550-1631) : His life, Maginalia and Library. Orxord:
Clarendon Press, 1979.
- Stone, Lawrence. The Causes
of the English Revolution. 1529-1642, New-York : Harper and Row,
1972.
- ___ , "The Educational
Revolution in England, 1540-1640", Past and Present. 28
(July 1964)
- Yardeni, Myriam,
"Idée de progrès et sentiment national en
France au XVe siècle. Bodin, Le Roy et Pasquier",
Scripta Hirosolymitana, Publication of the Hebrew University.
Jerusalem: Magnes Press, 1972
|