3 eme partie : Judaïsme et Bouddhisme

 
 
Le bien et le mal Le Bien et le Mal comme associés à la vie et à la mort dans le bouddhisme
 Selon le Maharal  Dans le Judaïsme
La roue de la loi dans le Bouddhisme La progression par abolition de la Vélléité
La Progression par la Spiritualisation de la Matière   Conclusion
 Les 4 niveaux de conquête spirituelle
Le bien et le mal
Il est facile de glisser du bien au mal en deux point: lorsque le mal
est infime et le bien aussi, et lorsque le bien est à son point le
plus élevé, comme le mal à son point le plus élevé. Pour le Juste, une
petite faute conduit parfois à une grande erreur. Le Hiloul Hashem, le
blasphème du Nom de D. n'a pas la même valeur dans la bouche de
quelqu'un d'important, d'influent, d'observé, et de considéré comme
juste, et dans la bouche d'un individu moyen par exemple. Le vrai
Hiloul Hashem, à la limite, n'existe que pour le juste. A notre niveau
à nous, c'est de l'ignorence, de la bétise. L'analyse du Maharal met
alors en évidence le danger des extrèmes. C'est trop souvent lorsque
l'on veut faire le bien de l'humanité que l'on parvient à des
génocides, des catastrophes réalisées au nom du Bien commun. Et dans
le domaine philosophique, c'est quand on veut simplifier des idées
théologiques qu"'on les déforme et qu'on crée des idolâtries.

Selon le Maharal
Le Maharal fait alors remarquer la proximité des racines "emtsa"---
"etsem":
le milieu ---l'essence
Il nous explique alors que la vraie voie du juste passe par le milieu,
le emtsa, et non pas les extrèmes, et que le emtsa est même la
condition sine qua non de l'essence, et en particulier de l'essence
en tant que contenu du message divin à l'homme.
Il prend pour exemple l'épisode de l'échelle de Jacob.
Le texte hébraïque ne nous parle pas d'une échelle qui irait de la
terre jusqu'au ciel. L'expression précise est "artsa"..."shamaïma":
vers la terre...vers le ciel.= au milieu.
c'est d'autant plus important que la suite de l'interprétation de ce
texte nous montre qu'il s'agit d'un rêve, d'une intuition prophétique
de la communication avec le divin qui commence par la tshuva, par un
dialogue établi par l'homme: les anges commencent par monter et non
par descendre: c'est après la tshuva que le dialogue s'établit, et que
D. répond. Or l'échelle se tient dans l'inter-espace entre l'humain et
le divin, sans être fixée d'aucun côté. Le Maharal explique que ces
deux mondes sont trop différents pour arriver à se toucher, mais que
c'est précisémment l'existence d'un inter-espace, d'un emtsa, d'un
milieu, qui permet à la communication d'exister.
Un autre exemple montre l'importance de cette tradition rapportée par
le Maharal de prague. Il s'agit du Matan Torah. Les tables de la loi
sont placées entre D. et Moïse. Là aussi c'est la Emtsa qui permet la
communication et qui joue un rôle crucial pour le Etsem.
Dans le retour à D., c'est encore le Emtsa qui permettra de trouver la
communication idéale entre l'homme et D., et le juste, par un
mouvement de balancier de plus en plus précis, s'efforcera d'atteindre
ce juste milieu idéal. Le Pfr André Néher a mis en relief dans
l'histoire juive ce même mouvement de balancier, avec la géoula, la
rédemption, la délivrance, qui fait écho à la galout, l'exil, jusqu'à
ce que le juste milieu, la communication entre l'homme et D. soit
rétablie, jusqu'à ce que la Shehina, la présence divine revienne à
Jérusalem.
 
 
La roue de la loi dans le Bouddhisme
Dans le Bouddhisme, c'est de façon beaucoup moins analytique que
Bouddha prône la voie du juste milieu qui est aussi posée comme une
résultante logique de la Roue de la Loi. La Roue de la Loi ne
représente pas seulement une phénoménologie de la Nature, puisque les
mystiques bouddhistes sont même allés jusqu'à représenter Bouddha par
son enseignement et par cette roue, constituée des huit branches des
huit vertus saintes de l'enseignement ésotérique bouddhiste. Cette
roue représente aussi la doctrine de la conduite bouddhiste. Or il ne
s'agit pas à ce niveau -là, de considérer la roue dans une révolution
totale, extrème, et destructrice: il ne s'agit pas en d'autres termes
de passer par le mal absolu pour arriver au bien absolu, puisque
Bouddha prônait la Voie du milieu:
 
Voici, ô moines, la Vérité Sainte sur le chemin qui mène à la
suppression de la douleur: c'est ce chemin sacré à huit branches qui
s'appellent: foi pure, volonté pure, moyens d'existence purs,
application pure, mémoire pure, méditation pure.
Si les huits vertus saintes constituent la roue de la Loi et que la
voie idéale soit celle du milieu, il s'agit d'options de progression,
et non pas de révolution totale. Il y a donc un sens commun du emtsa
au Bouddhisme et au Judaïsme.
 
2. Le Bien et le Mal comme associés à la Vie et à la Mort
dans le Bouddhisme
Au niveau humain, la perception du Bien et du Mal est dite et répétée
comme étant une perception floue, trompeuse, illusionée. C'est le sens
qu'il faut accorder aux très nombreuses paroles de Bouddha sur le Bien
et le Mal en tant qu'illusion de la perception: au niveau humain,
cette perception des choses est illusion, pas au niveau de l'action de
l'individu, et c'est souvent la confusion qui a été faite:
 
People cherish the distinction of purity and impurity; but in the
nature of things, there is no such distinction, except as it rises
from false and absurd images in their mind.
 
Au niveau de l'action, nous l'avons vue, la vraie vie de l'esprit,
"l'illumination" n'est possible que si l'individu suit la voie de la
pureté. Sinon il se voit condamné à l'asservissement à la matière, aux
réincarnations sans fin, etc...
Au niveau divin, il y a résolution des contraires, et le Nirvâna est
une atteinte de cette compréhension totale. Le Bouddhisme choisit,
pour l'atteinte de cette voie l'apprentissage de la vision de l'unité
envers et contre tout.
 
Wherever there is light, there is shadow; wherever there is length,
there is shortness, wherever there is white, ther is black. Just like
these, as the self-nature of things can not exist alone, they are
called non-substantial.
By the same reasoning, Enlightement can not exist apart from
ignorance, nor ignorance apart from Enlightement. Since things do not
differ in their essential nature, there can be no duality.
 
Dans le Judaïsme
C'est la méthode de progression qui différe. Au niveau de l'homme, la
perception est effectivement trouble, mais l'enseignement consiste à
déterminer les limites du Bien et du Mal pour progresser par l'action
dans le Bien et atteindre ainsi la résolution des contraires, au
niveau divin.
C'est ainsi que par exemple, dans le Judaïsme, la tradition nous
enseigne à considérer le Satan qui apparait dans le texte de certains
midrashim non pas comme une force de Mal contre le D. du Bien dans un
monde manichéen, mais comme un envoyé de D. qui n'est d'ailleurs
envoyé que pour éprouver les tsadikkims et non pas les humains
ordinaires. Au contraire, au niveau humain, il y a le danger du yetser
Hara, le mauvais penchant, qui risque d'influer sur l'action, vers la
mal effectif.
Les mitsvots sont des gardes fous sur la voie de cette progression, et
on comprend bien mieux à présent le sens de "Naasse Vénishma": au
niveau de l'homme, la perception est trompeuse; à un niveau plus
élevé, la résolution des contraires est compréhensible.
3. La Progression par abolition de la Vélléité
Dans les deux religions, il y a accord et rapprochement de la
divinité par un effort de dépassement de la volonté individuelle et
humaine. La phrase du tsaddik, qui rêve de n'avoir plus de désirs
personnels: Que ta volonté soit faite; Que Sa volonté soit faite.
De la même façon, dans le bouddhisme, c'est la cessation de la volonté
et l'adhérence aux voies saintes qui permet de s'élever:
Voici, ô moines, la Vérité Sainte sur l'origine de la douleur: c'est
la soif (de l'existence) qui conduit de renaissance en renaissance,
accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui trouve çà et là son
plaisir: la soif de plaisir, la soif d'existence, la soif
d'impermanence.
Voici ô moines, la Vérité Sainte sur la suppression de la douleur:
l'extinction de cette soif par l'anéantissement complet du désir, en
bannissant le désir, en y renonçant, en s'en délivrant, en ne lui
laissant pas de place.
Voici, ô moines, la Vérité Sainte sur la suppression de la douleur:
c'est ce chemin sacré à huit branches qui s'appellent: foi pure,
volonté pure, langage pur, action pure, moyens d'existence purs,
application pure, mémoire pure, méditation pure."
Je ne reviendrai pas ici sur des aspects communs que j'ai déjà évoqué
tels que la notion de reponsabilité collective que j'ai mise en
évidence dans le bouddhisme, et que l'on trouve mainte fois exprimée
dans le Judaïsme, sous la forme de la phrase par exemple "Kol Israël
Ahrai zé lzé" tout enfant d'Israël est responsable des autres, et qui
fait un écho à la doctrine du Grand Véhicule: toi, c'est l'autre;
l'autre c'est toi.
4;La Progression par la Spiritualisation de la Matière
Dans le Bouddhisme:
Par restriction de certaines actions
Par restriction de certaines nourritures
Par contrôle du geste et spiritualisation du geste
Par contrôle de la parole, de la prière (cf mantras bouddhistes qui
doivent être de plus en plus prononcées avec intention)
Dans le Judaïsme
Spiritualisation du geste
Le Judaïsme, comme le Bouddhisme, confiait aux gestes les plus simples
la tâche d'intérioriser la loi et de spiritualiser la matière. La
cachrout, i.e. les lois alimentaires, font passer par le corps, c'est
à dire par la matière l'évolution des trois niveaux, de l'âme, du
corps, et de l'esprit. Cet aspect va jusqu'à prendre des aspects
incompréhensibles si on ne les comprend pas dans le contexte de
l'apprentissage quotidien du contrôle de tous les niveaux pratiques,
puis émotionnels, puis spirituels, de l'expérience. Une histoire
hassidique raconte ainsi qu'un élève venait tous les jours voir son
maître au lever. Interrogé, il expliqua qu'il venait voir comment le
maître nouait ses chaussures. Dans ce contexte, la prière est un
texte immuable qu'il faut atteindre, et c'est dans cette logique que
se situe le travail éternellement renouvelé d'étude et de méditation
des "cavanots" c'est à dire des intentions, des sens de la prière
qu'il faut d'abord intégrer pour pouvoir la dire dans toute sa
potentialité. Pour le juste, le "tsaddik", il s'agit de parvenir à
substituer à sa propre volonté la volonté divine, et s'abstenir de
vouloir par lui-même.
Apprentissage des niveaux des divers mondes en commençant par le plus
matériel et en s'élevant au plus spirituel.
Spiritualisation de la nourriture: but aussi de contrôle de la matière
par la nourriture, par les jeûnes (l'âme descend dans la matière)
Importance des kavanot dans les prières: tendre à une adéquation de
l'intention et du mot.
Les 4 niveaux de conquête spirituelle
4 niveaux d'existence du Judaïsme (4 niveaux de l'être; 4 niveaux de
l'âme; 4 avot; 4 imaot)
4 vérités bouddhiques
8 voies saintes bouddhistes de progression ésotériques auxquelles on
peut peut être comparer les 8 sephirots de l'évolution spirituelle de
base, reproduite dans le chandelier à 8 branches... aspect que je ne
développerai pas plus par respect vis à vis de cet enseignement
réservé aux initiés faut-il ajouter que les arts martiaux, qui se sont développés
dans les temples bouddhistes au Japon, enseignent par l'action le contrôle du
Ki, dont la situation est la même que la base de l'âme selon la
tradition ésotérique Juive.
 
 
Conclusion
Je voudrais évoquer à présent les différences, telles qu'elles ont été
accentuées au cours de l'histoire.
Le Judaïsme a insisté sur l'enseignement de la différence du Bien et
du Mal alors que le Bouddhisme a insisté sur la compréhension de la
résolution des différences tout en prêchant de faire le bien.
Le Bouddhisme est allé vers une négation progressive de l'existence du
Moi dans les dogmes alors que le Judaïsme en a fait la base de la
progression spirituelle.