La Roue du Mahal

 Bouddhisme et Judaïsme
1ere partie
de
Yona Dureau

2 eme partie
3 eme partie

 Parabole bouddhiste

 Lien historique en Judaïsme et Bouddhisme  Le meurtre de Kaïn ou la place de l'ego
 Similitudes et parallèles  Tu choisiras la vie
 La réincarnation dans le judaïsme  Perfectionnement de l'âme
 Les quatre niveaux d'âmes  La voix de Yakov et les mains d'Esav

Pour cette étude un peu polémique dans son intitulé, je voudrais

commencer par expliquer le sens de ma comparaison.

Lien historique entre judaïsme et bouddhisme
 
1.Il existe une étude historique, qui établit un lien entre la
propagation du Bouddhisme en Asie et en Inde en particulier avec
l'exil de communautés Juives en Inde et en Asie à la suite de la
destruction des deux temples. En effet, le Bouddhisme a connu un
revirement important vers cette même époque, qui a participé à son
efflorescence accrue:
à propos de l'essor du Grand Véhicule, Henri Arvon écrit:
Vers le début de notre ère, le bouddhisme donne naissance à un
mouvement nouveau qui, pour souligner l'interprétation plus large et
plus généreuse qu'il donnait à la doctrine, s'appelait le grand
Véhicule opposé au petit Véhicule, étroit et limité de la doctrine
primitive (ici je corrigerais en disant du mouvement primitif du
bouddhisme, mais pas de la doctrine primitive, précisément respectée
par ce second mouvement)... Cette nouvelle discipline ne rejeta pas
l'ancienne - le canon sanscrit qu'elle établit à son tour n'est pas
foncièrement différent du canon pâli du petit Véhicule - mais elle
affirma qu'elle était incomplète. Selon ses docteurs, la tradition
écrite n'était qu'une partie de l'enseignement du Bouddha, destinée à
la grande foule qui n'était pas encore mûre à l'époque du Gautama pour
saisir la sagesse dans toute sa plénitude. Le moment était venu de
l'enrichir de tous les trésors de la tradition orale, c'est-à-dire des
révélations que le maître avait faites à un petit nombre d'initiés
qui, à leur tour, les avaient transmises à leurs disciples. Les écrits
du grand Véhicule se réclament donc tous d'une origine antique; cachés
et ignorés depuis la mort du maître, ils auraient apparu à un moment
où la foule des bouddhistes avaient suffisamment progressé sur la voie
de la perfection pour les comprendre. (Le Bouddhisme, 67)
Le renouveau du Bouddisme correpond donc bien historiquement à l'exil
Juif en Asie. Or ce renouveau présente des formes réellement Juives,
et la question est de savoir si ces textes sont des textes apocryphes
de la tradition bouddiste et de création tardive sous l'influence du
Judaïsme, ou bien si cette pensée Bouddhiste était déjà à l'origine un
avatar de la mystique Juive.Il est donc difficile de savoir si les
textes du Grand Véhicule, si tardivement communiqués étaient vraiment
ceux de l'héritage de Bouddha mais ils sont en accord avec cet
héritage, et l'éclairent, en mettant en valeur des notions comme
celes du Bien et du Mal qui avaient été gommés du Petit Véhicule. Il
semblerait que la doctrine primitive comprtait déjà des points communs
sur lesquels se sont graffés ces apports ultérieurs.
 

Similitudes et parallèles
2.Il y a d'énormes différences entre ces deux religions telles
qu'elles se sont développées aujourd'hui à travers les pays et les
individus. Et pourtant, l'étude des deux mystiques, juive et
bouddhiste, montre que l'enseignement de la Kabbalah portait sur tous
les thèmes spirituels proches du Bouddhisme en proposant des voies de
progression très similaires.
3. Enfin, tout se passe comme si ces deux points de vue se
reflétaient:
Le Judaïsme a fondé sa moralité sur la Révélation, c'est-à-dire sur la
Révélation du Créateur du monde comme le fondateur de la moralité. Le
discours de la Torah est donc l'énonciation de la Création, de la
Révélation, et de ces Lois fondées sur la Révélation. Tout ce qui
concerne l'âme, les transmutations, l'Au-Delà, les niveaux d'être, ne
font pas partie du discours directe du texte, et ne nous est transmis
que par la tradition orale.
Le Bouddisme a porté son attention primordialement sur ces aspects
pour l'atteinte de l'Union spirituelle du Nirvana, c'est à dire du
divin. Le divin est donc implicite, ainsi que comme nous le verrons la
moralité, le Bien et la Mal, sans lesquels il n'y a pas d'évolution
spirituelle possible.
Notre comparaison va donc mettre en évidence le discours de ces
implicites avant de comparer ce qui est explicites dans les deux
mystiques.
Je vais donc tenter dans cette étude de montrer tout d'abord la
présence de thèmes implicites du Judaïsme transmis par la tradition
orale de façon explicite, et que l'on retrouve dans le Bouddhisme de
façon explicite, avant de considérer leurs formes dans le Bouddhisme,
pour étudier enfin les voies de progression communes à ces deux
mystiques.
 

La réincarnation dans le judaïsme
I. Les Thèmes "bouddhistes"dans les aspects implicites du Judaïsme.
Pour entrevoir le point de vue du Judaïsme sur la métempsychose, il
faut commencer par relire le livre de la Génèse en tant
qu'allégorie,ce livre étant le livre central de la pensée cabbaliste,
avant de relire la Torah toute entière selon les mêmes principes de
lecture.
L'histoire du jardin d'Eden nous offre une allégorie à décrypter sur
la descente de l'âme à travers tous les mondes, tous les niveaux de la
création, avant d'arriver au monde de la matière qui est le monde de
la coexistence du Bien et du Mal, le monde de la division, en
opposition aux mondes supérieurs qui sont les mondes de l'Unité des
valeurs.
Si nous reprenons le texte de la Génèse, le texte nous parle tout
d'abord de la création d'un être.
Premier acte: après la création du monde et celle de tous les animaux
du plus beau au plus immonde, nous assistons à la création d'un être,à
l'image du créateur, et qui se trouve constitué d'un principe féminin
et d'un principe masculin, puisque cet être est androgyne:
Cet être, cette création, va être ensuite coupé en deux parties selon
ces deux principes, qui vont être ensuite éveillées pour exister dans
le jardin d'Eden, "afin de travailler le jardin", de manger de ses
fruits, et de régner sur ses animaux. Ce premier acte se termine par
l'enonciation d'un unique interdit: Tu ne mangeras pas de ce fruit,
car du jour où tu en mangerais, la mort tu mourrais.
L'interdiction est répétée par Adam à Eve, amplifiée encore: Ne touche
pas à cet arbre car du jour où tu le toucherais, mort tu mourrais.
Le deuxième acte commence par l'entrée en scène d'une créature qui ne
nous est pas encore apparu, le serpent debout et doué de parole. Cet
être, dont le nom partage une racine commune avec le nom d'Eve en
Araméen, convainct la femme, le principe féminin, de manger du fruit.
Celle-ci constate qu'elle n'est pas morte en touchant l'arbre, et
mange du fruit:elle trouve le fruit délicieux et le propose à Adam,
qui en mange à son tour.
Troisième acte: le créateur omniscient cherche ses créatures qui se
cachent. Quand il les a trouvées, il leur demande ce qu'elles ont
fait, Adam rejette la faute sur Eve, qui rejette la faute sur le
serpent, qui ne trouve personne sur qui rejetter la faute. La punition
face à ce manque de reconnaissance de la faute tombe alors:Les deux
êtres sont exclus du jardins, revêtus de vêtements de peaux (Hor...Or:
la lumière fusant de leur être est désormais masquée) qui les condamne
au travail de la matière (symbolisé par le travail pour obtenir de la
nourriture pour survivre), à l'enfantement, et on va le voir très
vite, à la mort.
Quatrième acte: ces enfantements amènent la destruction physique d'un
des enfants par l'autre.
Epilogue (semble-t-il): l'humanité est condamnée ensuite, par la voie
des enfantements, à essayer de réparer l'état de fait du manque de
fraternité.
Je voudrais procéder à l'analyse de ce récit avant de montrer la suite
logique du développement décrit par la Torah.

 
Interprétation: Les quatre niveaux d'âmes
Toute cette histoire allégorique peut être interprétée -et elle est
ainsi interprétée par une des traditions de la Kabbalah, comme la
peinture de la descente de l'âme dans la matière. L'âme est donc
composée d'un principe féminin et d'un principe masculin qui étaient
unis à l'origine, qui aspirent à la réunion, mais qui ont été séparés.
A ces principes s'ajoutent un élément tentateur, une voix intérieure
qui est plus proche de par sa nature du principe féminin - ce qui est
mis en évidence par la racine commune araméene de Hava et de Hawa.
Cette voix intérieure, que la tradition nomme le yetser Harah mais qui
n'est pas mauvais dans son principe (la tradition nous dit que sans
lui il n'y aurait pas de génération), étant plus proche du principe
féminin, a plus de prise sur lui en l'absence du principe masculin.
(on constate au niveau le plus simple du texte que c'est la séparation
de Adam et Hava qui permet au serpent de convaincre Hava). Une fois le
principe féminin tenté, le principe masculin succombe, et ces deux
niveaux meurent à leur destin originel. Or comme ces deux principes se
révèlent incapables de reconnaître leur faute, ils leur faut passer
par le monde de la matière, des vêtements de peaux pour pouvoir
remonter au monde originel et retrouver le jardin perdu. Une fois ces
vêtements endossés malheureusement, ils perdent leur transparence
lumineuse l'un à l'autre et deviennent opaques, incompréhensibles l'un
à l'autre et cachés part voie de conséquence. Vous avez là l'histoire
de la neshama et du nefesh (personalité; point de contact de l'âme
avec le corps) et du guf, soit l'âme, la personalité et le corps,
trois niveaux sur lesquels doit s'effectuer un travail spirituel
d'union. Ces trois niveaux sont trois niveaux qui en sont quatre si on
considère qu'une âme supplémentaire - la neshama yetera - est parfois
confiée à l'individu, lors du Shabbat, lors d'un voyage en Israël...
On verra par la suite l'importance de ces quatre niveaux qui en sont
trois. L'initié doit tenter d'unifier ces niveaux, et non pas éloigner
l'âme des autres niveaux: l'âme est cette étincelle divine, dont il
nous est assurée qu'elle ne peut être souillée, puisqu'elle participe
du créateur. Par conséquent, toutes les traditions du Judaïsme visent
à favoriser sa descente dans le corps afin de purifier les autre
niveaux de l'individu, le nefesh et le guf, la personalité et le
corps.


Le meutre d'Avel par Kaïn et la place de l'ego
Si nous reprenons à présent le récit biblique afin d'en considérer la
logique selon cette optique, une première contradiction semble
s'élever avec le récit du meurtre de Avel par Caïn: si les vêtements
de peau constituent notre prison, comment se fait-il que le meurtre
libérateur de l'âme soit condamné?
Le meurtre de Avel par Kain est une double mort: Kain échoue dans la
mission qui échouait à son âme. Lui qui se connaissait comme "acquis",
(kaïn), évident, ne parvient pas à faire une place à son frère.
Avel, qui se connait comme second, surplus (Avel: le souffle), ne
parvient pas à s'affirmer, à défendre son être.
Du point de vue de l'âme, cette confrontation et ce double échec nous
enseigne que la réparation de l'âme, le retour vers les mondes
supérieurs passe necessairement par l'autre. Or ce cas de figure nous
donne un exemple des deux cas excessifs et condamnables de l'Ego:
l'Ego qui se nie totalement pour l'autre et qui arrive ensuite ainsi à
sa propre destruction;
l'Ego qui refuse d'accepter l'autre et qui par conséquent
le détruit.
Tu choisiras la vie
De plus, cet épisode condamnant la mort physique, valorise
l'existence de ces "vêtements" de peau. C'est une condamnation du
suicide, du renoncement de Avel à se défendre, et l'établissement de
limites très rigoureuses. Seule la vie nous permet de progresser, de
nous efforcer d'atteindre ces niveaux supérieurs dont l'âme est
tombée.
Dernière conséquence sémantique: La mort, qui était associée à la
faute du fruit défendu, est donc une fois de plus associée au mal, et
plus précisément à l'impur. La mort est impure, comme l'impur est de
l'ordre de la mort, de l'absence de dynamisme. Ainsi que la
présentation de l'arbre de vie et de l'interdiction de prendre de
l'arbre de la connaissance nous le disait en substance ainsi
que l'explique le midrash: voici la vie, voici la mort, s'il te plait
choisis la vie.
En opposition très contrastée avec cet épisode, le texte biblique nous
présente l'histoire des engendrements de l'humanité (toldot:
histoire), qui, à un niveau de lecture est une tentative
d'engendrement messianique (cf Adam qui décide de connaître à nouveau
sa femme après l'épisode de Tuval Caïn pour prouver au reste de
l'humanité qu'il faut garder espoir), et qui à un autre niveau de
lecture, celui de l'histoire de l'âme, nous montre ces engendrements
comme des vies successives des mêmes âmes: c'est un des sens à
accorder à la condamnation de Kain à la génération de Tuval Kain,
Tuval Kain ayant été le premier créateur d'armes et ayant ainsi
perpétré la faute de Kain. Adam Harishon se trouve complété par la vie
de David Hamelekh, dont le décompte des années complète le temps de
vie qui "manque" à Adam Harishon.
David, Enosh, Elie, Moshé, ne sont pas morts: ce n'est pas de la mort
physique dont on nous parle...
Enfin la tradition nous a bien dit que toutes les âmes étaient
présentes lors de la création du monde et lors de la Révélation au
Mont Sinaï.

Perfectionnement de l'âme
La Torah va ensuite nous présenter les possibilités de l'âme selon
deux voies: la voie du perfectionnement, à travers les quatre modèles,
Avraham, Itshak, Yaakov-Israël. La voie de l'abandon de la
Loi et ses conséquences par l'asservissement à la matière, avec l'exil
en Egypte suivi de la délivrance, de l'initiation longue et dure dans
le désert, et l'arrivée... au Jardin d'Eden de la Terre d'Israël.
La suite des engendrements a enfin amené à l'existence un personnage
dont le texte marque de toutes les façons symboliques possibles, qu'il
parvient à faire remonter le niveau de la création du Hé au aleph,
c'est à dire qu'à un certain niveau, il parvient à remonter le niveau
du Or (peau) au niveau Hor (lumière). Ce personnage, qui va se voir
doté précisémment du Hé dans son nom après une révélation, c'est
Avraham. (voir aussi le fait que Avraham reçoit un principe féminin
qui lui manquait avec ce don du Hé - comme dans Isha, alors que Saraï
avait trop de principe masculin, par le Yud, comme dans Ish, et qu'en
le perdant, ils peuvent enfin enfanter: selon cette interprétation
traditionelle, Avraham et Sarah étaient à un point semblable
d'hermaphrodisme que leurs ancêtres du jardin d'Eden)
Avraham engendre Ytshak, et il va y avoir l'épisode étrange de
l'akedat Ytashak, le ligotage de Ytzhak. Or cet épisode, qui par
ailleurs demande une très longue analyse, met en évidence les qualités
respectives des protagoniste: Avraham est générosité pure(Midat
Hahesed). On lui demande son fils comme remerciement d'avoir eu un
fils, il le donne. Ytzhak est pure justice(Midat Hadin). Pour lui la
pure justice, le prix à payer pour le fait de sa vie, c'est sa vie
elle-même.

La voix de Yaakov et les mains de Esav
Cette parabole met en lumière le danger de la générosité pure ou de la justice pure: la destruction. L'épreuve s'arrête lorsque
la générosité (Avraham) a ligoté la justice (Ytzhak). De cette union
des valeurs va pouvoir naître Yaakov -Israël, qui ne sera Israël que
lorsqu'il sera parvenu à avoir "la voix de Yaakov et les mains de
Esav", c'est à dire à agir aussi bien dans le monde spirituel que dans
le monde matériel selon les critères de l'union des valeurs.
Ces personnages sont si cruciaux qu'ils structurent toutes les prières
Juives, et entre autre celle de la Hamida, prière debout qui est comme
une carte d'identité que le Juif doit répéter en s'efforçant de s'y
ajuster.
2 eme partie