2 eme partie : Judaïsme et Bouddhisme
-
-
Après ces épisodes et
après ces personnages, la bible va nous donner
le contre-exemple de l'histoire d'Israël
en Egypte comme celle de
l'emprisonnement de l'âme dans
le monde de la matière quand elle
abandonne le monde des valeurs et
des lois. Nous allons étudier cette
deuxième partie comme le texte
de la remontée de l'âme après son exil dans la matière.
L'épreuve
de l'initié
- Au pays de l'étroitesse (Mitzraïm) l'Egypte,
le peuple d'Israël selon un
- singulier pluriel très significatif, se voit réduit
en esclavage,
- alors qu'il perd lui-même toutes ses lois. Ce monde
de l'étroitesse,
- c'est le monde étroit de la matière où
l'âme est emprisonnée. Or voilà
- l'âme réduite en esclavage. Cette âme
a abandonné toutes ses lois. On
- a dit des Enfants d'Israël en Egypte qu'ils avaient
franchi toutes les
- portes de l'impureté sauf une, et que s'ils avaient
franchi la
- cinquantième porte, ils n'auraient jamais pu sortir
d'Egypte, et pas
- même Moïse n'aurait pu les faire sortir. Ces
portes de l'impureté, ce
- sont les portes de la mort, du manque de dynamisme qui
guettent l'âme
- si elles ne suit pas les règles qui lui ont été
définies dans la
- matière. C'est la révélation du
Nom lors de l'épisode du buisson
- ardent qui va permettre à Moshé d'atteindre
un niveau de connaissance
- lui permettant de délivrer les autres, de leur
confier de nouvelles
- règles et commandements, et de les conduire sur
le parcours
- initiatique du désert: il y a là un shéma
inverse au shéma destructeur
- de Kain et Avel. A présent, l'initié ne
fait pas que reconnaître
- l'autre, il le conduit vers la lumière.
- Cette initiation est longue et périlleuse, coupée
par l'épisode d'une
- révélation qui indique un but ultime, mais
qu'il faut ensuite mériter
- pour la conserver. Cette initiation passe par un no man's
land, le
- désert, c'est à dire cet entre-deux mondes
inquiétant de toute
- évolution spirituelle parce qu'il y a toujours
un moment où l'individu
- a quitté un monde sans avoir encore atteint l'autre.
Nombreux sont
- ceux qui ne sortent effectivement pas de cette épreuve,
de cet
- entre-deux-mondes, et qui meurent dans le désert.
On remarquera la
- différence d'échelle: il a fallu 40 jours
à Moshé pour atteindre la
- niveau necessaire de la communication avec D. Il a fallu
quarante ans
- au peuple d'Israël pour mériter d'entrer
en Israël. Chacun progresse à
- son rythme dans cette quête du jardin d'Eden. A
l'issue de cette
- initiation, tous entrent dans cette terre où coulent
le miel et le
- lait, sauf Moshé, qui demeure sur le seuil, pour
nous permettre, nous
- dit la tradition, d'entrer avec lui aux temps messianiques.
Nous
- reviendrons sur cette image, mais elle est caractéristique
du
- véritable initié, qui reste au seuil pour
faire entrer les autres.
- Au terme de cette lecture, je pense qu'il n'est pas necessaire
- d'accentuer encore les aspects proches du boudhisme qui
se trouvaient
- présents dans le Judaïsme avant sa rencontre
avec le Bouddhisme
- primitif. Lhomme a trois-quatre niveaux, symbolisés
par les
- trois-quatre ancêtres.
-
- Le "Tikoun"
ou réparation de l'âme
- L'âme comporte un principe féminin et un
- principe masculin.
- Elle est condamnée à la réincarnation
jusqu'à
- accomplissement de son "tikoun", c'est-à-dire
de sa réparation. Elle
- se voit confiée des lois, qui si elles sont intériorisée
conduisent à
- la vie, c'est à dire à l'épanouissement
spirituel.
- Je voudrais à présent considérer
des aspects mal connus du Bouddhisme
- qui le rapprochait naturellement de l'Ethique Juive,
et qui expliquent
- comment l'introduction d'une influence mystique Juive
en Asie n'aurait
- pas connu de résistance dans le cas du Bouddhisme.
-
- II. L'éthique Bouddhiste:
Les Thèmes implicites du Bouddhisme
- On a trop souvent parlé du Bouddhisme comme d'une
religion effaçant
- les limites entre le Bien et le Mal, et il est vrai que
cette image a
- très largement été celle transmise
par le Bouddhisme du Petit
- Véhicule. A cause de déformations de ce
mouvement, on a souvent
- présenté le Bouddhisme comme la religion
de la négation de l'Ego et
- comme une religion en même temps très égoïste.
En fait nous allons
- voir que le Bouddhisme du grand Véhicule a mis
en valeur une éthique
- qui existait implicitement dans la logique du Bouddhisme
primitif.
- 1. L'éthique du Bouddhisme primitif
- La doctrine originale de Bouddha impliquait déjà
l'existence du Bien
- et du Mal, comme le montre ce texte qui est la quintessence
de la
- doctrine de Bouddha:
- Voici, ô moines, la Vérité Sainte
sur l'origine de la douleur: c'est
- la soif (de l'existence) qui conduit de renaissance en
renaissance,
- accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui
trouve çà et là son
- plaisir: la soif de plaisir, la soif d'existence, la
soif
- d'impermanence.
- Voici ô moines, la Vérité Sainte
sur la suppression de la douleur:
- l'extinction de cette soif par l'anéantissement
complet du désir, en
- bannissant le désir, en y renonçant, en
s'en délivrant, en ne lui
- laissant pas de place.
- Voici, ô moines, la Vérité Sainte
sur la suppression de la douleur:
- c'est ce chemin sacré à huit branches qui
s'appellent: foi pure,
- volonté pure, langage pur, action pure, moyens
d'existence purs,
- application pure, mémoire pure, méditation
pure."
-
- On voit qu'il y a un problème de traduction, et
vraisemblablement un
- problème de définitions de concepts car
qu'est-ce que "l'action pure",
- le "langage pur", les "moyens d'existence
purs", sinon des notions
- impliquant les notions de Bien et de Mal et l'obéissance
au Bien. On
- notera cependant la liaison significative qui est faite
entre la vie,
- la progression spirituelle, et la pureté.
- Or si la deuxième vérité sainte
enseigne apparemment l'ataraxie comme
- moyen d'élévation, on voit bien que la
dernière propose une voie
- tournée vers l'action, et vers la Bien. Ce que
signifie en fait la
- deuxième vérité sainte est surtout
l'effort de suppression du désir
- afin de concentrer ses energies sur la voie de la vérité.
- Ces trois Vérités saintes sont encore complétées
par une quatrième
- vérité sainte, qui est interessante parce
qu'elle introduit huit voies
- de progression, "la Noble Voie de huit Vertus",
dont le point
- d'aboutissement est la méditation, c'est à
dire la "méditation pure".
- Avant de parvenir à ce stade, l'homme est soumis
à une longuepoursuite
- de perfectionnement intérieur. Or c'est grace
à la bonté, à la
- bienveillance que l'homme parvient à ce stade
dernier.
- Mais comme le Bouddhisme cherche à détacher
l'homme du désir, son
- éthique insiste beaucoup plus sur des commandements
négatifs, passifs,
- que sur des commandements positifs.
- La discipline essentielle morale du bouddhiste sera le
yoga. Yoga
- signifie "joug". C'est une discipline qui est
indissociable de la
- progression morale de l'individu. Elle vise à
contrôler totalement la
- matière pour parvenir au contrôle de l'esprit.
Mais ce contrôle de la
- matière est indissociable de la conduite éthique
de l'individu. Le
- yoga d'autre part, vise à la compréhension
et à l'intégration de la
- compréhension de l'unité du monde et des
individus au delà de toutes
- les diversités, pour l'atteinte et l'union avec
le monde du divin, le
- Nirvana. La place du yoga dans la tradition Bouddique
est extrémement
- importante puisque la structure de progression du yogiste,
comme celle
- du bouddhiste, est une structure par quatre niveaux de
progression.
- 2. L'apport
éthique du Bouddhisme du Grand Véhicule: Le monothéïsme implicite
-
- L'originalité et la valeur du Grand Véhicule
résident surtout dans
- l'élaboration d'une éthique nouvelle. Le
but suprême n'est plus
- d'échapper soi-même au cycle infernal des
réincarnations, aspiration
- au fond égoiste, mais d'aider se semblables à
parvenir à cette
- délivrance . L'idéal, ce n'est pas le Arhat
(Saint) qui n'est
- préoccupé que de son Nirvana personnel,
mais le Bodhisattva qui,
- parvenu au seuil du Nirvana, refuse d'y entrer pour sauver
ceux qu'il
- a laissés derrière lui et qui se débattent
encore dans les rets de la
- Mâyâ.(Le Bouddhisme,67)
-
- En devenant religion populaire, le Bouddhisme du Grand
Véhicule
- abandonne son caractère athée. C'est ainsi
que de nombreuses sectes
- déifient le personnage de Bouddha, parlent des
trois corps de Bouddha,
- le corps physique, spirituel, et cosmique encore que
le fait de parler
- des trois corsp n'impliquait pas de les idôlatrer:
le Bouddha possède
- un corps de la création (nirmâna-kâya)
tant qu'il séjourne sur la
- terre et qu'il y exerce une activité humaine;
un corps de jouissance
- (sambhoga-kâya) quand il est entré dans
les régions supra-terrestres,
- et enfin le corps de la loi (dharma-kâya) lorqu'il
est dépouillé de
- toute personnification et qu'il se confond avec l'Absolu
qui est à la
- base de Tout. C'est surtout ce dernier élément
qui est assez
- extraordinaire, car il pose de façon explicite,
après la
- reconnaissance du Bien et du Mal, l'existence du Créateur
de l'Univers
- et de l'homme, comme source de toutes choses, et comme
aspiration
- ultime du bouddhiste: on a voulu voir dans ce changement
du Grand
- Véhicule la porte ouverte à l'idolatrie
qui a suivi son expansion. Il
- était en fait une révolution monothéiste
des dogmes originels.
- Dans la pratique, la désincarnation du premier
bouddha a pour effet la
- multiplication de figures spirituelles, "émanations"
de la méditation
- de Gautama puis des buddhisatvah successifs. On aboutit
à un panthéon
- d'innombrables bouddhas, dont le plus connu est Amithaba,
Amida dans
- la tradition japonaise, le Bouddha de la Lumière
infinie, caractérisé
- par la lumière rouge, règnant sur le paradis
d'Occident appelé
- sukhâvati. Tous les buddhas représentent
des aspects différents de la
- divinité, la miséricorde, la bonté,
la force, etc..
- Enfin le Bouddhisme du grand Véhicule va développer
la thèse de la
- responsabilité des individus les uns envers les
autres, selon la
- logique de la futilité du Moi s'il n'est pas compris
comme faisant un
- tout avec le toi. On croirait entendre Buber dans Ich
und Du .
- Cântideva, un poète assez tardif du mouvement
du grand véhicule (VIIe
- siècle) parle ainsi:
- Si je donne, qu'aurai-je à manger? -Cet égoïsme
fera de toi un ogre.
- Si je mange qu'aurai-je à donner? -Cette générosité
fera de toi le
- roi des dieux.
- ***
- Quiquonque fait peiner autrui pour lui-même cuira
dans les enfers,
- quiquonque peine pour autrui a droit à toutes
le félicités.
- Enfin le buddhasatvah idéalisé est un initié
qui vient aider les
- autres à progresser. Il n'est plus un Bouddha
isolé atteignant seul
- son Nirvâna.
-
- Je voudrais considérer à présent
les aspects communs au Judaïsme et au
- Bouddhisme, c'est à dire comment certains thèmes
et métaphores se
- retrouvent en des points clés des deux pensées.
-
- III. Bouddhisme et Judaïsme: les points communs
-
- 1. Le Juste Milieu comme voie spirituelle idéale
- Dans le Bouddhisme
- Après la première révélation
sur la Nature du monde et de ses
- illusions, ce qui a été appellé
la révélation de la Maya - le jeune
- prince Gautama qui n'est pas même buddhisatvah
(aspirant bouddha) à ce
- moment-là, et qui n'a vécu jusqu'à
29 ans que dans un monde d'opulence
- et de bonheur artificiel (le roi son père avait
ordonné que l'on
- chasse les mendiants, que l'on cache les malades et la
mort, pour le
- bonheur parfait de son fils), part du palais de son père,
en
- abandonnant sa famille, sa femme, et son fils qui vient
de naître. Il
- gagne la profondeur de la forêt, quitte ses vêtements
de soie et se
- couvre d'un vêtement d'écorce. Il se joint
alors à un groupe d'ascètes
- enseignants brahmanes. Recherchant à leur instar
la communion avec le
- brahman, (l'esprit divin), il se livre aux jeûnes
et aux macérations.
- Il reste assis pendant des heures sur ses talons pour
méditer. Un seul
- grain de riz constitue parfois sanourritue quotidienne.
En dépit de
- ses efforts, le Gautama ne parvient pas au salut. A bout
de forces, le
- corps squelettique et l'esprit obscurci, il finit par
se rendre compte
- que la torture de soi est sans issue et vaine: la vie
de privations ne
- vaut pas mieux que la vie de plaisirs qu'il avait menée
auparavant.
- C'est alors qu'il comprend l'importance de la voie moyenne:
- Sermon de Bénarès:
- Il y a deux extrèmes, ô moines, dont celui
qui mène une vie
- spirituelle doit rester éloigné. Quels
sont ces deux extrèmes? L'un
- est une vie de plaisir, adonnée aux plaisirs et
à la jouissance; cela
- est bas, ignoble, contraire à l'esprit, indigne,
vain. L'autre est une
- vie de macérations: cela est triste, indigne,
vain. De ces deux
- extrèmes, ô moines, le Parfait s'est gardé,
éloigné, et il a découvert
- le chemin qui passe au milieu, le chemin qui dessile
les yeux et
- l'esprit, qui mène au repos, à la science,
à l'illumination, au
- Nirvâna.
- Après cette vie de privations, il est assez symbolique
que le premier
- signde révélation de l'évolution
spirituelle de Bouddha prenne la
- forme d'un bol de riz vide qu'il jette après l'avoir
mangé à la
- rivière et qui reonte à contre-courant
vers Sujâta, la jeune fille qui
- le lui a offert.
- Après l'illumination dans ce lieu, à Uruvelâ,
le Gautama Buddha Gayâ
- va partir enseigner la Roue de la Loi, et c'est au Parc
des Gazelles à
- Rishipatana qu'il expose pour la première fois
cette doctrine.
- L'un des sens, le plus connu, de la Roue de la Loi, est
que tout ce
- qui est sujet à la naissance est aussi sujet à
la disparition (paroles
- d'un disciple, Cariputra, à qui on demande la
substance de la doctrine
- de Bouddha): "les objets, qui résultent d'une
cause, dont le Parfait
- enseigne la cause, et comment ils prennent fin."
Cette phénoménologie
- n'est cependant que l'un des aspects de la doctrine de
Bouddha, le
- plus populaire certes, mais qui fait abstraction de l'éthique
- bouddhiste. L'image de la roue, c'est aussi celui d'un
équilibre, très
- important pour la compréhension de la voie moyenne.
Nous allons voir à
- présent comment cette métaphore était
au sein de la pensée Juive, et
- comment sa compréhension éclaire d'un Jour
nouveau la Roue de la Loi
- qui est censée être une clé ésotérique
aux huit voies de la
- perfection.
-
- Dans le
Judaïsme
- Le Maharal de Pragues, grand rabbin du XVIIe siècle
de la ville de
- Pragues, héritier de la tradition cabbalistique
de la communauté
- d'Amsterdam réfugiée de l'inquisition dans
cette ville, a été très
- célèbre surtout pour sa créature,
le Gholem, sur laquelle il avait
- perdu contrôle.
- Or le Maharal de pragues a enseigné la voie moyenne
comme la voie
- idéale de la progression spirituelle selon les
Ecritures. Le maharal
- explique par ce concept de nombreuses difficultés
du texte de la Torah.
a. L'épisode de Pharaon
- La tradition orale nous enseigne que les paroles "Mi
kamoha ba Elim
- Adonai"... qui sont inclues dans la prière
du Vendredi soir, sont des
- paroles rapportées de Pharaon lui-même lorsqu'il
se noyait dans la mer
- des roseaux, et qu'il eut un instant la révélation
de la majesté
- divine. Cet enseignement est étayé par
un autre, selon lequel Pharaon
- serait mort "tsaddik", juste, ce qui parait
invraisemblable quand on
- lit les répétitions du texte biblique concernant
l'endurcissement de
- son coeur, ses exactions multiples, sa cruauté:
comment un rasha aussi
|