
Reste la question : peut-on rire aprÈs la Shoah ? ( un
penseur posa autrement la question : peut-on chanter aprÈs le gÈnocide ?).
Eh bien , le fait est lý : ceux qui ont survÈcu ont retrouvÈ, parfois dificilement, le
gošt de vivre, de fonder un foyer (une revanche sur ceux qui voulaient exterminer leur
peuple), de chanter et de raconter des histoires. La nostalgie "d'avant" et la
volontÈ d'affirmer que le peuple juif, profondÈment meurtri, avait survÈcu ý la
"solution finalee de la question juive".PrÈservera-t-on le rire dans les
ghettos et les camps ? Poser cette question semble dÈplacÈ. Et pourtant ! Il dut ien
avoir, ici ou lý, un "bon mot", dÈsepÈrÈ ou cruel, par lequel on essayait de
maÓtriser les penchants ý la rÈsignation.
Chalom Aleichem n'est-il pas prÈsentÈ comme celui qui a immortalisÈ les Juifs de
KasnilevkÈ, ces Juifs qui riaient entre les larmes ?
Si l'on Ètendait notre rÈflexions, nous y introduirions Tristan Bernard, rarement
inspirÈ par ses origines (il dÈcrivit "Les Filles de Loth") mais qui, internÈ
ý Drancy, eut ce mot sublime pour conforter sa femme : "Jusqu'ici, nous vivions dans
l'inquiÈtude, ý prÈsent nous vivrons dans l'espÈrance".
On peut Èvoquer l'oeuvre inoubliable de Charlie Chaplin "Le Didacteur",
rÈalisÈe avant le dÈclenchement de la guerre, et dont le pouvoir prÈmonitoire est des
plus surprenants. Et puis "To be or not to be" d'Ernst Lubistch..
La vÈritÈ est qu'il est difficile d'imaginer le rire au coeur de "la solution
finale". Mais s'il apparaÓt comme l'illustration d'une entreprise salutaire.,il est
le bienvenu. |
Il est incontestable qu'il y a un
"humour juif". S'il n'existait pas il aurait fallu l'inventer.
C'est prÈcisÈment ce que l'on resent ý la vision du film TRAIN DE VIE, qui a su puiser
dans la tradition de l'humour juif pour nous raconter une histoire imaginaire, liÈe ý la
Shoa.
En fait , Èvoquer l'humour juif nous ramËne ý ces Provinces d'Europe centrale et
orientale o˜ vivaient - jusqu'ý l'accomplissement du crimes entres les crimes, la Shoah
- des millions de Juifs.
Ils y donnËrent naissance ý des coutumes incluant les traditions, ý de la musique et
des danses souvent inspirÈes du folklore local.
On y vit Èpanouir des penseurs, ds poËtes, des historiens, des romanciers.
One ne sait que l'existence de ces Juifs, ne fut pas toujours paisible. Elle fut marquÈe
de pogroms, de numerus clausus, dans les universitÈs, de lieux de rÈsidence
imposÈs, de difficultÈs matÈrielles aussi.
Et dan ces conditions, que se dÈveloppa un humour juif, qui apparšt comme un moyen de
tenir tÍte ý l'environnement hostile.
Des Ècrivains, dont l'inoubliable Chalom Aleichem, des auteurs dramatiques, ont
tÈmoignÈ chacun avec son tempÈrament sur la vitalitÈ de millions de Juifs.
Avant qu'ils ne reprennent la route d'un nouvel exil, rÍveurs idÈalistes partant pour la
Palestine, ou rÍveurs d'un Eldorado qui attendait outre-Atlantique.
Partout, ils apportËrent leur histoire, leurs chants, leurs rites,( pour les
pratiquants), leur idÈal rÈvolutionnaire (pour les militants).
Ils avaitent une langue propre, qui leur Ètait commune, malgrÈ les diverses intonations
: le yiddish (l'hÈbreu Ètant la langue des priËres). Leurs bagages comprenaients
l'humour, des histoires yiddish, racontÈes d'abord dans la langue d'origne, puis
traduites dans les langues des pays d'accueil.
L'humour et le violon ont quelque chose de commun : on peut les emporter partout o˜ l'on
va.
L'un et l'autre, ý leur maniËre, peuvent exprimer des lamentos ý peine arrangÈs.
On pourrait Èvoquer le rÙle des Juifs dans la littÈrature, la science, la musique. Mais
" l'histoire juive" passe avant tout, mÍme quand parfois on la plagie jqusqu'a
la caricature.
Partout, o˜ ils s'installËrent et firent souche, les Juifs prÈservËrent le rire. Ils
ont su utiliser comme bouclier,a rme, dÈfensive, vengeresse.
Il leur permit d'attÈnuer l'amertume de l'humiliation.
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